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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/770

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suivie d’un continent à l’autre ? Toute la destinée de la planète Terre est ainsi, je ne dis pas expliquée, mais explicable. Depuis l’heure où elle mérita un nom à part dans le système solaire jusqu’au point où nous la voyons arrivée, il y a certes pour nous d’innombrables lacunes et obscurités; mais nous saisissons une chaîne suivie, une loi de progrès, une marche du moins, où tout se lie, où chaque moment a sa raison d’être dans le moment antérieur.

Mais notre science historique s’arrête-t-elle là? N’avons-nous aucun moyen d’atteindre une période où la planète Terre n’existait pas? Nous l’avons, puisque l’astronomie nous fait dépasser toute conception planétaire et arrive à un point de vue où la terre n’est qu’un individu dans un ensemble plus vaste. Par l’astronomie, la science humaine sort de la terre, embrasse l’univers, arrive à entrevoir comment la terre s’est formée dans le système solaire; car indubitablement la planète Terre n’a pas toujours eu son existence distincte; elle est un membre d’un corps plus étendu; son individualité a eu un commencement. Le Système du monde de Laplace est l’histoire d’une époque anté-terrestre, l’histoire du monde avant la formation de la planète Terre, où, si l’on aime mieux, de la Terre dans son unité avec le soleil. En réalité, au point où nous sommes parvenus dans notre raisonnement, l’histoire du monde, c’est l’histoire du soleil. Le petit atome, détaché de la grande masse centrale autour de laquelle il gravite, compte à peine. Vous m’avez prouvé d’une façon qui a fait taire mes objections que la vie de notre planète a en réalité sa source dans le soleil, que toute force est une transformation du soleil, que la plante qui alimente nos foyers est du soleil emmagasiné, que la locomotive marche par l’effet du soleil qui dort depuis des siècles dans les couches souterraines de charbon de terre, que le cheval tire sa force des végétaux, produits eux-mêmes par le soleil, que le reste du travail à la surface de notre planète se réduit à l’élévation de l’eau, phénomène qui est directement l’ouvrage du soleil. Ne parlons donc plus de la planète Terre, c’est un atome; parlons de ce grand corps situé à une certaine région de l’espace, et autour duquel gravitent de petits satellites détachés de lui. Avant que la religion fût arrivée à proclamer que Dieu doit être mis dans l’absolu et l’idéal, c’est-à-dire hors du monde, un seul culte fut raisonnable et scientifique, ce fut le culte du soleil. Le soleil est notre mère-patrie et le dieu particulier de notre planète. L’incalculable série de siècles nécessaires pour traduire en durée les révolutions qui ont tiré toutes les réalités actuelles de la masse solaire n’a rien qui doive nous embarrasser. Les milliards de siècles sont à notre disposition. L’infini de la durée est avant nous; et aucun de ses élémens infinitésimaux n’a été vide de faits. L’horizon borné dans lequel on envisage la nature est la principale