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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/767

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Souabe et du Hartz. Que ne renferment pas les vieux chants populaires ou sacrés, surtout les Védas, les plus antiques, les plus vénérables de tous ! Une analyse délicate a ainsi fourni à la science des données capitales sur une époque où l’historiographie n’existait pas et ne pouvait exister. En ce qui concerne notre race en particulier, il est certain que, grâce aux fines recherches de Kuhn, Max Müller, Pictet, Bréal, nous voyons les Ariens primitifs, les ancêtres communs des Grecs, des Latins, des Germains, des Slaves, avant leur dispersion, avec plus de clarté que nous ne voyons certains états sociaux actuels de l’Afrique et de l’Asie centrales. Une analyse semblable appliquée aux antiquités sémitiques permettrait d’entrevoir, quoique avec moins de clarté, le temps où les Syriens, les Arabes, les Hébreux, vivaient ensemble. Si les travailleurs sérieux n’étaient pas si rares, quelles découvertes n’amènerait pas une étude philosophique et critique du chinois, des langues tartares! Une science nouvelle, ouvrant devant nous l’histoire anté-historique, a de la sorte été fondée, histoire d’une autre nature que celle qui résulte des chroniques, n’apprenant ni une succession de rois, ni batailles, ni prises de villes ; mais des choses en réalité bien autrement importantes. Les faits qui, à l’heure qu’il est, exercent la plus forte influence sur les choses humaines se sont passés dans cette période reculée. La filiation des races, les lois primitives, la diversité des langues, la constitution fondamentale des idiomes qui se parlent encore, viennent de là. Quand Hérodote écrivait, les Slaves, les Germains existaient déjà depuis des siècles avec leurs traits essentiels, des usages qui se retrouvent de nos jours dans plus d’un village de l’Allemagne avaient force de loi dans quelque canton de la Scythie, la langue de Goethe, de Miçkiewicz, était tracée d’avance quant à ses linéamens généraux.

La philologie et la mythologie comparées nous font ainsi remonter bien au-delà des textes historiques et presque aux origines de la conscience humaine. Dans l’ordre chronologique des sciences, ces deux études prennent rang entre l’histoire et la géologie. Cette dernière en effet est loin d’être étrangère à l’histoire de l’homme. Des indices jusqu’ici isolés et douteux, mais qui deviendront peut-être nombreux et concordans, feraient reculer bien plus loin qu’on n’est porté à le supposer l’existence de l’espèce humaine sur notre planète. Au-delà de l’horizon que nous montraient la mythologie et la philologie comparées, lequel s’arrête à la formation des grandes races, il y aura l’horizon de la paléontologie, de la zoologie et de l’anthropologie comparées. Peut-être même une certaine archéologie trouvera-t-elle ici des applications. Pour moi, j’incline à l’opinion qui fait des monumens dits « celtiques » de la Bretagne, du Danemark, des restes de cette humanité primitive qui a précédé