Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/762

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


À ce prix, je te donnerai la puissance, tu seras le pasteur des peuples, tu posséderas l’émeraude et le saphir asiatiques ; des ruisseaux d’or jailliront autour de toi. »

Vient ensuite l’Influence anglaise. « L’Océan écumeux, dit-elle, porte la terreur de mon nom jusqu’aux limites de l’onde. Partout où la tempête déploie sur mer ses ailes humides, mon étendard flotte et resplendit comme un météore. Le léviathan, monstre terrible, est mon serviteur ; il couve le feu dans son sein et vomit la fumée ; il dompte pour moi les flots pressés contre ses flancs nerveux ; mes villes fortes s’élèvent jusque sur les confins du monde ; le canon proclame de sa voix d’airain mes lois protectrices. La panthère indienne rampe à mes pieds. J’ai asservi la matière et imprimé à la nature le sceau de mon intelligence. La liberté est à moi, elle siège à mes côtés. Heureux mortel ! soumets avec reconnaissance tes épaules à mon joug protecteur : tu seras esclave, je serai libre ; tu seras le pygmée, moi le géant, et si tu refuses les avantages de mon protectorat, je cours sur toi, boxeur invincible, et, les poings fermés, je t’enseignerai une sage soumission. »

C’est l’Influence française qui parle la dernière, et l’on voit facilement que c’est à elle qu’appartiennent les prédilections du poète. « Semblable, s’écrie-t-elle, au papillon qui vole de fleur en fleur, et qui aspire le parfum des unes, la rosée des autres, je m’élance vers tout ce qui est noble, grand et généreux. Je suis aussi parfois le coq ami des batailles : alors, debout sur les promontoires, je bats des ailes, j’annonce l’aurore aux peuples endormis, je leur chante l’hymne du réveil. À ma voix, les nations tressaillent et ressentent le frisson de la liberté. Donne-moi ta foi, je te donnerai en retour la torche qui dissipe les ténèbres de la superstition, une religion d’espérance et non de crainte, une philosophie souriante, le fil d’Ariane enfin qui conduit à la liberté. »

Bien que le parti français ait joué le rôle le plus important, et que son fondateur, Coletti, ait peut-être laissé la réputation de l’homme d’état le plus remarquable de la Grèce moderne, la France a été la première à conseiller aux Hellènes de s’inspirer d’une politique purement et exclusivement nationale. Depuis la fin de la guerre de Crimée, cette triple désignation de partis français, anglais et russe est tombée en désuétude. Il faut espérer qu’elle finira par être complètement oubliée, et que les Grecs n’auront plus d’autre pensée que la régénération de leur patrie par elle-même. M. Rhangabé l’a très bien dit dans l’un des chœurs de ses Noces de Koutrouli : « Celui qui ambitionne le pouvoir doit l’envisager non point comme le fruit de la ruse, ni comme un présent de l’étranger, mais comme la récompense du zèle patriotique. Qu’il ne déshonore pas la Grèce en traînant sa chlamyde aux pieds de l’étranger, ainsi qu’un mendiant ses haillons ! »

L’avenir de la Grèce dépend en effet de ses propres efforts. Les puissances lui ont tendu plusieurs fois une main généreuse. C’est à elle de marcher