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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/747

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leour ont confié au ministre de l’endroit la lecture de leur adresse ; ce morceau donne bonne idée de la littérature des fermiers écossais. L’allusion classique aux Russell martyrs y est heureusement rajeunie : « le sang de la maison de Russell arrosa la plante de la liberté britannique quand elle était jeune et faible encore… » La noble carrière de lord Russell y est dignement retracée. On dîne ; puis de cette scène qu’on croirait lire dans un roman de Walter Scott se détache le discours du principal secrétaire d’état de sa majesté britannique, discours simple, honnête, curieux à lire, discours qui marque de son empreinte la page présente de l’histoire d’Angleterre, discours qui dépasse les humbles murs d’une bourgade écossaise, et qui s’adresse à l’Angleterre, à l’Europe, à l’Amérique.

La Pologne ne tient pas la première et la plus grande place dans cette harangue, bien au contraire. Avant tout, la politique étrangère de lord Russell prend sa base dans la situation intérieure de l’Angleterre, telle que l’ont faite quarante années consacrées à de vastes et progressives réformes. Lord Russell a rempli un des principaux rôles dans ce mouvement réformateur couronné de si heureux résultats. L’adresse des tenanciers de Meikleour est consacrée à célébrer cette grande carrière réformatrice de lord Russell. « En 1822, dit-elle, M. Canning vous prédit une longue et brillante carrière de distinction parlementaire. En même temps il vous demandait de vous arrêter avant de pousser plus loin les questions que vous aviez déjà soulevées, et témoigna la plus grande crainte des résultats de vos succès, si en effet le succès devait couronner vos efforts. » Il était piquant de rappeler ces appréciations de Canning aujourd’hui que l’œuvre réformatrice est accomplie et a donné à l’Angleterre la paix intérieure, une prospérité sans égale et la sécurité qu’elle possède seule parmi les nations du monde. Lord Russell, dans sa réponse, a relevé avec bonheur cette allusion aux prédictions et aux appréhensions de Canning. « Vous avez parlé de la réforme parlementaire et des alarmes qu’elle inspirait à un aussi grand homme et à un génie aussi distingué que M. Canning : vous avez eu raison de dire que ces alarmes se sont maintenant évanouies parce que le fruit des réformes n’a point été trouvé amer et a été utile et bienfaisant. Canning lui-même fit un jour cette déclaration remarquable : « Ceux qui ont peur des améliorations parce qu’elles peuvent être accompagnées de nouveautés pourront se trouver contraints un jour de subir des nouveautés qui ne seront pas des améliorations. » Heureusement pour lui, ce pays a évité l’erreur que Canning dénonçait ainsi. Il a opté pour le progrès et a échappé aux innovations oiseuses et malfaisantes. » Aussi l’Angleterre présente-t-elle le spectacle unique au monde de la paix intérieure dans la liberté publique ; il n’y a plus de dissentimens fondamentaux sur les questions intérieures entre le parti du gouvernement et l’opposition. Lord Russell a pu comparer le sentiment actuel de l’Angleterre à celui de cet homme qui, ayant construit une route dans les highlands d’Écosse, plaça