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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/744

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1 million. Les provinces méridionales ne figurent dans ce nombre que pour un huitième. La sollicitude des autorités municipales a été éveillée, et des subsides leur ont été fournis pour le développement de l’instruction primaire. Le pays a répondu à cet appel; l’impulsion est donnée, il est certain qu’elle ne s’arrêtera pas. Malgré l’état peu florissant de nos finances, nous sommes sûr.que le parlement italien ne manquera jamais au devoir d’aider nos écoles élémentaires; il nous faut de bons livres pour le peuple, des bibliothèques pour les ouvriers, des bâtimens pour établir des asiles; l’état doit réunir dans cette vue ses efforts à ceux des communes et de la charité privée, et poursuivre de grand cœur, comme on le disait dernièrement dans la Revue même, une sainte campagne contre l’ignorance.

Tel est dans ses principaux aspects, fidèlement indiqués par le budget de 1863, l’état de l’instruction publique en Italie. Si l’étude que nous venons de faire sans craindre d’en appeler souvent à notre propre expérience avait attiré sur la transformation de nos institutions scolaires l’attention des hommes compétens hors de l’Italie comme dans la péninsule, ce serait pour nous la plus douce des récompenses. Quand une vieille société comme la nôtre se trouve en présence d’une révolution politique radicale, et qu’elle doit transformer sans violence ses mœurs et ses institutions, elle ne peut tout achever à la fois. Tout compte fait, nous ne pouvons que remercier la Providence des résultats que l’Italie nouvelle a obtenus depuis trois ans. Faibles par nos divisions, nous n’avons pensé d’abord, après la guerre de 1859, qu’à nous assurer ce grand bienfait de l’indépendance nationale, source unique de la dignité et du bonheur d’un peuple, et que la France nous avait aidés à reconquérir au prix de son sang. Grâce au Piémont et à ses rois guerriers, il y a aujourd’hui une armée italienne. Voici maintenant qu’un grand développement est donné aux travaux publics; la liberté des transactions commerciales porte ses fruits, active la production dans les différentes provinces et rapproche tous les Italiens. Ce réveil de la vie économique, en augmentant la richesse générale, nous permettra de rétablir peu à peu l’équilibre dans nos finances; mais il est temps que l’on se mette sérieusement à organiser l’éducation nationale, il est temps que les communes, les provinces et l’état entreprennent cette œuvre, chacun dans la sphère de ses devoirs et de ses droits. Les générations se pressent, et l’Italie ne pourra ni consolider ses institutions ni prendre sa place parmi les grandes nations modernes sans relever le niveau général de ses études, sans reconquérir son ancienne gloire dans les sciences et dans les lettres.


CH. MATTEUCCI.