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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/721

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plus de cent ans après la fondation, une ordonnance de Frédéric II, empereur d’Allemagne et roi des Deux-Siciles, prescrit qu’on ne pourra exercer la profession de médecin dans son royaume sans l’approbation du collège médical de Salerne.

Mais il faut arriver au grand mouvement religieux, politique et intellectuel du XIe et du XIIe siècle pour voir naître les premiers germes de nos universités proprement dites dans les républiques italiennes, si agitées alors, mais si vivaces. Bologne donna un exemple qui devait être suivi de résultats heureux, quand, dans l’année 1196, elle appela de Ravenne, où il était juge, le savant jurisconsulte Irnérius, et le chargea d’enseigner publiquement la jurisprudence romaine. Cette grande ville, déjà fière de la devise libertas qu’elle portait sur son écusson, allait acquérir de nouveaux titres de gloire et mériter le nom, cher à l’Italie, de Bologna docta. Heureusement située au centre de la péninsule, elle réunit bientôt un grand nombre d’étudians qui y accouraient de toutes les parties de l’Italie. A l’enseignement des lois romaines, qui fonda la réputation de l’université de Bologne, se joignit, à partir du XIIe siècle, l’enseignement du droit canonique, de la philosophie et de la médecine. C’étaient d’abord les étudians et les habitans les plus riches de la ville qui se cotisaient pour payer les professeurs ; mais le concours des élèves devint si grand, et la ville en tira de tels profits, que le magistrat municipal se crut obligé de se charger de la dépense de l’université. On prétend qu’il y eut un moment où le nombre des étudians rassemblés à Bologne montait à douze mille. La réputation de son université avait franchi les Alpes, et elle attirait des étudians de divers pays d’Europe. Quatorze collèges qui réunissaient les étudians de différentes nations y furent fondés par des papes, par des princes étrangers, quelques-uns par des dotations privées. A côté de ces collèges nationaux s’élevaient des collèges d’une autre nature : c’étaient des corporations principalement chargées de faire subir aux élèves leurs examens et de conférer le doctorat. Elles étaient instituées par des bulles pontificales pour la théologie, et par des décrets impériaux pour la jurisprudence et la médecine, et elles conféraient le titre de docteur au nom de l’autorité pontificale ou impériale.

L’exemple de Bologne, l’éclat de son université, la richesse que le concours des professeurs et des étudians répandait dans la ville, excitèrent l’émulation des autres cités. C’est ainsi qu’aux XIIe et XIIIe siècles on vit successivement surgir des universités, et surtout des écoles de droit, à Padoue, à Modène, à Plaisance, à Verceil, à Parme, à Ferrare, et plus tard, au XIVe siècle, à Pavie, à Pise, à Permise, à Sienne et à Turin. Dans toutes les universités, l’enseignement de la jurisprudence et de la théologie domina d’abord. Les études littéraires, celles que nous sommes habitués maintenant à