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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/714

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France, quelle conduite devra-t-elle adopter? C’est une éventualité qu’il faut savoir envisager.

Comme nous l’avons déjà dit, la reine est obligée par le traité qu’a signé son prédécesseur. En ne le maintenant pas après qu’il a été ratifié par l’empereur des Français, elle manque au devoir le plus sacré de sa couronne et fait une injure grave au souverain qui a daigné négocier avec le gouvernement d’Émyrne; mais cet acte irrévérencieux, qui serait de la part d’une puissance respectable un outrage digne de la colère d’une grande nation, de qui émane-t-il? D’un chef de hordes à demi barbares que nous avons été peut-être trop pressés d’élever, par les rapports que nous avons noués avec lui, au-dessus de sa position, qu’est lui-même dominé par les passions grossières et les superstitions de son peuple. Agirons-nous vis-à-vis de lui comme vis-à-vis d’un ennemi qui à l’insulte peut ajouter des hostilités redoutables? Lui ferons-nous l’honneur d’armer en guerre pour lui apprendre le respect du droit des gens, qu’il ne connaît pas, qu’il n’est pas en état d’observer? S’il est une conclusion à tirer des incidens militaires et politiques dont nous avons essayé de montrer l’enchaînement, c’est que la France doit régler désormais son attitude à l’égard des Hovas sur l’estime qu’elle fait de leur gouvernement, et ne consulter dans ses relations hostiles ou pacifiques avec eux que son propre intérêt.

Il faut donc le déclarer bien haut, une sage politique et un devoir d’humanité nous conseillent également de nous abstenir de toute expédition sur le territoire de Madagascar. En reprenant toutefois cette attitude expectante, qui fut adoptée en 1846 et maintenue jusqu’à la mort de la reine Ranavalo, on en peut mieux indiquer la signification. Il est possible de la concilier avec quelques actes, qui ne seront que de légitimes représailles. Ainsi nos rapports seraient rompus non pas avec l’île de Madagascar, mais avec le gouvernement d’Émyrne. Il serait aisé au contraire de nouer des relations bienveillantes avec les populations du littoral, qui ne demandent pas mieux que de continuer à fournir des approvisionnemens alimentaires à notre colonie de la Réunion; nous leur témoignerions d’autant plus de sympathie qu’elles seraient plus disposées à secouer le joug des Hovas. Non-seulement elles recevraient de nous un appui moral dans toutes les tentatives qu’elles voudraient faire pour recouvrer leur indépendance, mais une assistance plus efficace, qui se traduirait en fourniture d’armes, en munitions de guerre, en secours matériels de toute sorte. Nous ferions plus encore : nous leur assurerions un refuge sur notre territoire, et à l’abri du pavillon français dans nos établissemens si heureusement placés de Nossi-Bé, de Nossi-Cumba, de Sainte-Marie et de Mayotte,