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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/703

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Nous avons à certaines époques, on l’a vu, rempli à Madagascar la condition nécessaire à l’affirmation de nos droits; mais depuis 1830, c’est-à-dire depuis plus de trente ans, la France ne possède pas un pouce de terrain dans l’île de Madagascar. Néanmoins, lors de la discussion de 1846 à la chambre des députés, plusieurs orateurs soutinrent que notre position au sujet de la grande île africaine était absolument la même que celle de l’Angleterre à l’égard de la Nouvelle-Hollande et de la Nouvelle-Zélande, la même que celle de la Hollande à Sumatra. C’était une erreur. L’Angleterre, il est vrai, n’occupe que quelques points de la Nouvelle-Hollande et de la Nouvelle-Zélande, la Hollande n’a pas absorbé dans sa domination l’autorité de tous les chefs de la grande île de l’archipel asiatique, et cependant aucune puissance européenne ne songe à contester leurs droits de souveraineté sur ces immenses possessions. Pourquoi? C’est que dans ces possessions, quelque éloignées qu’elles soient, l’Angleterre et la Hollande déploient les signes les plus manifestes de leur souveraineté. Elles n’y ont pas seulement arboré leur drapeau : elles y ont constitué des autorités qui les représentent et qui relèvent directement de leur couronne; elles y entretiennent des forces nationales et y exercent leur pouvoir d’une manière assez efficace pour qu’à l’intérieur comme à l’extérieur nul n’ignore qu’elles y règnent. Que des déprédations se commettent sur les côtes de ces îles, c’est aux gouvernemens de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas que les réclamations sont adressées ; ce sont eux qui se chargent de la réparation ou de la répression. Qu’il s’agisse de règlemens maritimes, de dispositions douanières pour assurer le traitement équitable de leurs nationaux ou de leurs intérêts commerciaux, les états européens ne songent pas à traiter avec les chefs des tribus barbares ou avec les rajas qui exercent encore dans ces contrées une autorité plus ou moins étendue, mais ils entrent en négociation avec les gouvernemens anglais et hollandais, qui les couvrent de leur souveraineté.

Tel n’était pas notre rôle à Madagascar. Nous n’occupions, il faut le répéter, aucun point du territoire. Non-seulement nous n’y exercions aucun des droits de la souveraineté, mais encore nous avions laissé Radama Ier se proclamer souverain de l’île entière et y agir en cette qualité à l’intérieur et à l’extérieur. Nous n’avions pas même protesté quand l’Angleterre, au lieu de s’adresser à nous, s’était adressée à Radama Ier et avait conclu avec lui, comme roi de Madagascar, un traité pour la suppression de la traite des noirs. L’idée ne nous était pas même venue à l’esprit de soutenir qu’une pareille convention, qui touchait à la culture et à l’exploitation du pays dont nous nous disions les souverains, ne pouvait être faite qu’avec nous. Et plus tard, lorsque les Anglais avaient eu à venger leurs