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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/681

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puissances maritimes et de provoquer ses entreprises. Cette puissance fut la France.

Quelques années avant que son gouvernement prît cette œuvre en main, des négociais français, hardis pionniers des mers comme ces armateurs de Dieppe qui ont posé les fondemens de nos premiers établissemens coloniaux, envoyèrent des bâtimens à Madagascar; mais leur expédition ne fut pas heureuse. En 1642, la Société d’Orient fut créée sous le patronage du cardinal de Richelieu, chef et surintendant-général de la marine, navigation et commerce de France. Elle était dirigée par le capitaine de vaisseau Rigault. Cette société obtint des lettres patentes qui lui furent confirmées par Louis XIV le 20 septembre de l’année suivante. Le gouvernement lui concédait l’île de Madagascar et les îles adjacentes « pour y ériger colonies et commerce, et en prendre possession au nom de sa majesté très chrétienne. » Par suite de cette concession, M. de Pronis, agent de la Société d’Orient, se rendit sur les lieux à la tête d’une expédition, et occupa, au nom du roi de France, l’île Sainte-Marie, la baie d’Antongil, et s’établit à Manghasia. En 1644, il plaça des postes à Galemboule, Fénériffe et à Manahar, et transporta le siège de son principal établissement sur la presqu’île de Thonlangaf, où il construisit le fort Dauphin. Par ce système de postes, il dominait entièrement la côte orientale de Madagascar.

Tous les documens qui nous restent de cette première entreprise nous font un triste tableau de la conduite des chefs. M. de Pronis était un homme dur, violent et sans mœurs ; il donnait à ses subordonnés l’exemple de tous les excès, et, par ses rapines et ses mauvais traitemens, justifia trop bien la haine implacable des populations sauvages qu’il voulut soumettre à sa domination. Son impéritie égalait seule son immoralité. Il s’établit dans les lieux les plus insalubres; il commença les opérations militaires les plus périlleuses au milieu de l’hivernage; il prodigua l’or et le sang de la France dans des guerres sans motif contre les naturels ou pour les causes les plus injustes; il se livra aux dissipations les plus scandaleuses, et suscita autour de lui des querelles intérieures qui entravèrent tous ses mouvemens. M. de Flacourt, qui fut envoyé pour rétablir les affaires de la société, si gravement compromises, dit dans un de ses rapports « qu’il a trouvé les approvisionnemens gaspillés par les chefs de l’entreprise, et que les malheureux Français étaient le plus souvent, tantôt sans riz et ne mangeant que de la viande, tantôt sans viande et ne mangeant que du riz. »

M. de Flacourt arriva au fort Dauphin avec le titre de commandant-général de Madagascar; il entreprit de soumettre l’île tout entière à la domination de la France et de forcer les populations à