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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/629

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c’est « qu’il n’y vit pas de temple et que la lumière du soleil y était superflue, vu que Dieu lui-même en était le temple et la lumière. » Le livre se termine par d’énergiques encouragemens à tenir ferme, à ne pas faiblir devant la persécution, car si la bête va revenir, le Christ triomphateur la suit de près. Le temps est proche!


III

Voilà donc ce livre plein de mystérieux oracles, où tant de générations ont cherché, ont réussi quelquefois à reconnaître leur propre temps, et dont l’auteur lui-même ne prévoyait pas que le monde actuel eût plus de trois ans et demi à subsister au-delà de l’an 69 de notre ère! Quand on pense qu’un Newton a été complètement la dupe de cette illusion dix-huit fois séculaire ! C’est bien là certainement un des faits les plus frappans parmi tous ceux qui montrent que le génie ne saurait tenir lieu de l’investigation persévérante, quand il s’agit de retrouver les réalités concrètes de l’histoire.

Peut-être quelques-uns de nos lecteurs se demanderont-ils ce qui autorise la critique moderne à se vanter d’avoir résolu un problème qui défiait depuis si longtemps la sagacité des chercheurs, et jusqu’à quel point l’explication que l’on vient d’exposer n’est pas destinée à rejoindre ses devancières dans le grand tombeau des hypothèses démonétisées. Nous répondrons que cette explication n’est ni catholique, ni protestante, ni antichrétienne. Elle est l’explication scientifique, c’est-à-dire celle qui ne regarde pas le renvoi aux régions surnaturelles comme une explication, et qui ne prétend pas non plus identifier avec le nôtre l’esprit de l’antiquité. Elle a donc l’immense mérite qui faisait défaut à toutes ses devancières, celui du désintéressement le plus complet. Au surplus, nous ne déroulerons pas l’innombrable série de faits grands et petits qui élèvent cette explication à la hauteur de l’évidence. Bornons-nous à résumer ceux qui démontrent que la bête désignée par le nombre 666 n’est autre que l’empereur Néron.

La liste serait longue et curieuse des interprétations qui se sont succédé depuis le IIe siècle jusqu’à nos jours à propos de ce chiffre apocalyptique. On en chercha longtemps le sens en grec, sans réfléchir que l’opération recommandée par l’auteur lui-même du livre était une des pratiques favorites du rabbinisme juif, une ghématrie, et que par conséquent il y avait plus de chance de trouver le mot de l’énigme en hébreu qu’en toute autre langue. On sait qu’en hébreu comme en grec il n’y avait pas de chiffres distincts des lettres : chaque lettre représentait un nombre. Là-dessus, partant d’une idée superstitieuse de l’inspiration des livres saints, les rabbins s’étaient