Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/626

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


précisément la valeur numérique des lettres hébraïques formant les mots César Néron.

Maintenant les événemens vont se précipiter. Tandis que les disciples du Christ, réfugiés sur la montagne sainte, chantent le cantique nouveau en s’accompagnant de leurs harpes, et qu’un ange traverse les cieux en sommant les habitans de la terre de donner gloire à Dieu seul, un autre ange survient qui s’écrie : « Tombée, tombée, Babylone la grande! » En même temps d’autres anges volent dans toutes les directions pour accomplir différentes missions; deux entre autres, les anges de la moisson et de la vendange, font que, sur une étendue de mille six cents stades autour de la ville sainte, le sang coule au point que les chevaux y sont plongés jusqu’au mors. Cette mer de sang est due à la destruction présumée de l’immense armée païenne qui se rassemble pour assiéger Jérusalem et son temple.

La fin de la fin va donc venir? Pas encore tout à fait. Un dernier défilé de sept anges, portant les sept coupes qui renferment les sept dernières plaies, doit encore la précéder, et ce suprême retard permet à l’auteur de retracer plusieurs scènes qui sont de nature à rehausser la solennité de la catastrophe finale. Ces scènes nous offrent encore des réminiscences des plaies d’Egypte que l’auteur décrit à sa manière ardente et sombre. Cette fois les plaies terribles affligeront la terre entière. Une des coupes de la colère divine est versée sur le trône de la bête : c’est l’empire romain qui s’écroule. Une autre a pour effet que l’Euphrate est desséché et laisse passer les rois d’Orient (les rois parthes) qui amènent leurs forces au secours de la bête, leur alliée. En même temps trois grenouilles, immondes messagères, vont tout en coassant rassembler les rois des trois autres points cardinaux, c’est-à-dire les chefs supposés des nations qui composent l’empire. Enfin toutes ces armées se réunissent au pied du Thabor, dans la plaine de Megiddo, le champ de bataille classique d’Israël. Bientôt une voix part du trône éternel, prononçant le mot fatal : « C’en est fait! » Et au bruit effroyable de mille tonnerres Rome, la grande Babylone, est réduite en cendres.

C’est là une perspective qui enflamme au suprême degré l’imagination du prophète. Deux chapitres entiers, exhalant la plus implacable rage contre « la grande prostituée, » sont consacrés à la décrire sous les traits les plus injurieux et à reproduire les lamentations, les hurlemens des princes, des marchands, des navigateurs, « qu’elle avait enivrés du vin de ses impudicités, » et qui crient hélas! hélas! à la vue de son embrasement, car c’est bien de la cité impériale qu’il est question. C’est elle, cette courtisane vêtue de pourpre et d’écarlate, toute resplendissante d’or et de diamans, la mère des impuretés et des abominations, « la grande ville enfin