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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/62

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M. HARKIS A LORD SUFFOLK.


Berlin, 4 juillet 1772.

« Les choses paraissent rester en suspens comme à la date de ma dernière lettre. Il m’est impossible de recueillir des informations ou de former des conjectures qui méritent d’occuper votre seigneurie. Je crois encore que les deux autres cours ne font que discuter les termes du marché avec celle devienne, qui, de son côté, n’a pas le moindre désir de rien rabattre de ses prétentions. Ses troupes sont en ce moment entrées à Léopol et occupent presque tout le territoire qui doit lui échoir en partage. Les fonctionnaires prussiens, civils ou militaires, agissent dans la Prusse polonaise comme si elle appartenait déjà à leur maître. »


Berlin, 8 juillet 177’2.

« ……. Je ne puis rien apprendre sur la réduction du lot réservé à la cour de Vienne dans les dépouilles de la Pologne, si ce n’est que cette cour a consenti à renoncer à la ville de Cracovie et au territoire qui l’entoure; j’ai déjà mandé à votre seigneurie que le roi de Prusse avait intérêt à ne pas les laisser tomber entre les mains de l’Autriche. Cependant elle ne consent pas à rendre les salines de Wielicska, tout en s’engageant à livrer le sel aux Polonais au prix actuel, sans pouvoir jamais l’augmenter, sous quelque prétexte que ce soit. On me dit aussi, mais je ne sais s’il faut y ajouter une égale confiance, que l’Autriche n’insiste plus sur la ville de Léopol, quoique le général Esterhazy l’occupe encore avec un corps considérable de cavalerie. Ces résolutions sont, m’assure-t-on, l’ultimatum du cabinet de Vienne, et son ministre ici s’en est expliqué si vivement que le roi de Prusse n’a plus essayé de marchander davantage et s’est montré satisfait, comme il a en effet toute raison de l’être. — Le consentement de la cour de Pétersbourg paraît être maintenant la seule chose qui manque pour tout terminer. »


Si les dépêches du ministre d’Angleterre à Berlin font honneur à sa vigilance et à sa perspicacité, on ne trouvera certes pas qu’il soit possible de juger de même le langage qui lui était adressé de Londres. Le cabinet britannique semblait s’efforcer d’écarter comme importune la pensée d’une affaire dont il comprenait toute l’importance sans vouloir prendre les déterminations qu’elle aurait dû lui dicter. Il ne reculait même pas devant les contradictions les plus singulières, et après avoir déclaré que « toute intervention officielle serait inefficace dans l’état avancé des choses, » il laissait percer des doutes sous les formules les plus louangeuses, et donnait presque à entendre que les informations transmises à Londres par M. Harris n’y étaient pas reçues avec une confiance sans réserve.