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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/610

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abhorré, « l’abomination de la désolation, » et de purifier les parvis sacrés de ce contact impur (165). La guerre avait duré environ trois ans et demi, et, malgré de si brillans résultats, le danger était plus grand que jamais. Antiochus furieux venait de rassembler une armée formidable, et l’envoyait, commandée par son plus habile général, reprendre la capitale juive. Le parti grec relevait la tête, le parti de la transaction baissait la sienne; les patriotes eux-mêmes, tout surpris de leurs succès récens, sentaient leur résolution faiblir, leur foi chanceler.

C’est alors que parut un livre mystérieux qui semblait provenir d’un vieux voyant du temps de l’ancien exil, de ce Daniel dont un prophète avait parlé comme d’un sage et d’un juste par excellence [1], Ce livre se divisait en deux parties. La première retraçait le portrait de ce qu’avait été pendant les mauvais jours d’autrefois un vrai fidèle, un israélite sans peur et sans reproche, austère gardien de la foi héréditaire et témoin de la chute de bien des grandeurs humaines. Elle racontait par exemple comment il avait refusé d’obéir aux injonctions des plus grands rois quand ceux-ci l’avaient sommé d’abjurer le culte du Dieu de ses pères, comment il était resté toujours fidèle, même le jour où on le jeta dans une fosse pleine de lions affamés, comment il avait vu le plus illustre des rois de Babylone, Nébucadnetzar, devenu fou à force d’orgueil, brouter l’herbe des champs pendant des années entières, comment un jour que le roi Balthazar, nageant dans les délices et les magnificences de la terre, profanait les vases sacrés de Jérusalem en les remplissant du vin de ses débauches, il avait interprété les paroles inconnues, présage de ruine entière et soudaine, que la main effrayante avait fait flamboyer sur les parois de son palais.

Tous ces récits, dont nous n’avons pas à rechercher en ce moment la valeur historique, étaient pleins d’allusions au règne et à la personne d’Antiochus; mais la seconde partie du livre était encore plus directement applicable à la situation. Dans une série de visions dont le symbolisme était suffisamment clair pour des contemporains, l’auteur anonyme décrivait, en la résumant, l’histoire du passé, et y trouvait la preuve du triomphe assuré et prochain de la bonne cause, si seulement ses champions tenaient ferme. Dans la principale (ch. VII), celle qui contient la pensée mère du livre, il voyait le trône de Dieu dans le ciel ouvert et quatre animaux se succéder devant la face du Tout-Puissant, un lion, un ours, un léopard et un quatrième sans nom, c’est-à-dire les quatre grands empires qui avaient dominé successivement l’Asie occidentale et en particulier la Palestine. C’était le lion ailé de Babylone, l’ours

  1. Ézéchiel, XIV, 14; XXVIII, 3.