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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/59

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II.

Notre intention n’est pas d’embrasser, même d’un coup d’œil rapide, l’ensemble des causes qui préparèrent le premier partage et des circonstances dans lesquelles il s’accomplit : non pas que cette tâche ait été remplie de manière à ce qu’il ne reste rien à dire; mais entreprendre une pareille œuvre n’est pas dans notre dessein, et notre seul but sera de nous servir des documens fournis par M. Harris pour éclairer quelques aspects de cette question, dont l’intérêt semble grandir avec le temps, et dont la solution reste encore, après un siècle, suspendue sur l’Europe comme une menace et comme un châtiment.

M. Harris assista au partage de la Pologne, mais en simple spectateur; il n’eut pas même une protestation à faire entendre ! Voici de quelles courtes réflexions son petit-fds et son éditeur fait précéder cette partie de ses correspondances :


« Les lettres suivantes montreront quelle faible attention le gouvernement anglais accorda au partage de la Pologne. Il paraît que le ministre des affaires étrangères, lord Suffolk, ne fît entendre ni représentations ni paroles de blâme jusqu’au jour où la spoliation lui fut annoncée par les trois puissances, et même à ce moment son langage fut à peine une représentation ou un blâme. Lorsqu’il en reçut de M. Harris la première nouvelle, il se contenta de l’appeler une curieuse affaire (a curious transaction). »


Si depuis la France a dans maintes occasions montré des sympathies beaucoup plus vives en faveur de la Pologne que celles qui se manifestaient en Angleterre, ses torts ont été les mêmes dans le passé; mais nos historiens n’ont pas toujours été justes dans la part de responsabilité qu’ils ont faite à nos hommes d’état. On fit en plus d’un endroit que la légèreté du duc de Choiseul l’empêcha de prévoir et de chercher à prévenir le partage de la Pologne, tandis qu’il serait plus vrai de n’accuser que la faiblesse du duc d’Aiguillon et la vieillesse insouciante de Louis XV, endormie, après la mort de Mme de Pompadour, dans les bras d’une indigne favorite. Si Choiseul avait été là, le partage n’aurait pas eu lieu. Ce mot qu’on a prêté tantôt à Louis XV, tantôt à Frédéric, et que tous deux peuvent avoir prononcé, est acquis à la mémoire du duc de Choiseul, également honorable pour lui, que ce mot ait été arraché aux regrets de son souverain ou à la justice d’un ennemi. Serviteur fidèle de la monarchie, M. de Choiseul conserva vis-à-vis du trône son indépendance, et poussa à l’égard du dauphin la franchise jusqu’à