Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/575

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Grandville, traçait sur la pierre cette série d’apologues tirés mi-partie de la vie des animaux mi-partie de la vie humaine, où sous le titre de Métamorphoses du jour, il raille si finement nos travers et châtie si résolument nos vices : œuvre étrange, mélangée de compassion, et d’amertume, d’enjouement voulu en quelque sorte et de très sincère mélancolie, mais en réalité œuvre remarquable, plus considérable même, sous ses humbles dehors, que tel grand tableau un moment célèbre, et destinée, nous le croyons, à survivre longtemps à l’époque qui l’a inspirée.

Cependant, aux yeux de quelques artistes habitués à traiter de tout autres sujets, la lithographie ne devait pas avoir et n’avait pas pour objet unique la représentation des scènes militaires ou une allusion satirique aux faits et aux mœurs du moment. Pourquoi ne serait-elle pas appelée à populariser des scènes ou des idées plus voisines du beau? Pourquoi les peintres d’histoire n’interviendraient-ils pas à leur tour et ne mettraient-ils pas à profit le moyen qui leur était offert de multiplier l’expression de leur pensée sans recourir au talent d’autrui? L’épreuve les tentait d’autant mieux que ce moyen semblait plus simple. Jusque-là les seules ressources dont ils pussent disposer, en dehors des interprétations confiées aux graveurs de profession, consistaient dans les procédés de la gravure à l’eau-forte, procédés admirables sous une main expérimentée, mais d’un emploi relativement difficile, et exigeant dans la pratique une certaine science préalable, une certaine habitude technique. La lithographie n’imposait aux peintres rien de semblable. Ils pouvaient maintenant, sans apprentissage spécial, sans autre, expérience que l’expérience même de leur art, faire acte de graveurs, pour ainsi dire, et tracer sur la pierre, presque aussi aisément qu’ils l’eussent crayonné sur le papier, un dessin dont l’impression se chargerait ensuite de multiplier à l’infini les exemplaires.

Beaucoup d’anciens élèves de David, et des plus éminens, n’eurent garde de méconnaître de pareils avantages. Les uns, il est vrai, comme M. Ingres, s’en tinrent à cinq ou six tentatives diversement importantes, quelquefois même, comme Gros, à un nombre d’essais plus restreint encore; mais d’autres, et Girodet fut un de ceux-là, y mirent plus de persévérance et de zèle, soit qu’ils fissent paraître sous leur propre nom des œuvres originales, soit qu’ils aidassent de leur crayon le travail d’un interprète. C’est ainsi qu’après avoir lithographié plusieurs sujets mythologiques, et plusieurs portraits, le peintre d’Ossian et d’Atala participait activement à la reproduction entreprise, par son élève Aubry-Lecomte, des figures qu’il avait groupées dans ces deux tableaux. Vingt grandes pièces, dues à cette collaboration, venaient signaler dans la lithographie des