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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/55

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deux cours étaient telles qu’elle souhaitait de s’abstenir, que, comme la Russie était plus directement intéressée, tout dépendrait de la manière dont cette puissance envisagerait les choses. En résumé, mylord, je vois que la Russie est destinée à paraître donner le branle, et si ensuite le roi de Prusse se montre, il s’appuiera sur la conduite de cette cour, tout comme il a prétendu que la première idée du partage de la Pologne lui avait été suggérée par les réclamations de l’impératrice-reine.»


Malgré l’incrédulité un peu railleuse avec laquelle étaient accueillies par M. Harris les déclarations de M. de Finckenstein, ce que ce ministre disait de la surprise et du mécontentement de la cour de Prusse à propos de ce qui se passait en Suède était parfaitement vrai; rien n’était plus faux et en même temps, disons-le, plus puéril que les suppositions de M. Harris; il n’eut pas longtemps à attendre pour se convaincre qu’un diplomate s’égare quelquefois à vouloir être trop fin et à ne pas croire possible qu’on lui dise la vérité. Quant aux intrigues, aux espérances et aux projets cachés de la Russie et de la Prusse, qu’aurait aisément discernés dès lors un esprit aussi pénétrant que celui de M. Harris, s’il n’avait pas été aveuglé par son hostilité contre la France et contre tous les alliés de la France, des documens publiés longtemps après sa mort les ont éclairés d’une vive lumière. La plus curieuse de ces pièces est certainement l’article secret du traité conclu à Pétersbourg entre la Prusse et la Russie le 12 octobre 1769, et qu’a publié pour la première fois M. de Manderstroëm dans un Recueil de documens [1].


« Les hautes parties contractantes s’étant déjà concertées, par un des articles secrets du traité d’alliance signé le 31 mars 1764, sur la nécessité de maintenir la forme du gouvernement confirmé par les quatre états du royaume de Suède et de s’opposer au rétablissement de la souveraineté, sa majesté le roi de Prusse et sa majesté l’impératrice confirment de la manière la plus solennelle par le présent article tous les engagemens qu’elles ont contractés alors, et s’engagent de nouveau à donner à leurs ministres résidens à Stockholm les instructions les plus expresses pour qu’agissant en confidence et d’un commun accord entre eux, ils travaillent de concert à prévenir tout ce qui pourrait altérer la susdite constitution du royaume de Suède et entraîner la nation dans des mesures contraires à la tranquillité du Nord. Si toutefois la coopération de ces ministres ne suffisait pas pour atteindre le but désiré, et que, malgré tous les efforts des deux parties contractantes, il arrivât que l’empire de Russie fût attaqué par la Suède, ou qu’une faction dominante dans ce royaume bouleversât la forme du gouvernement de 1720 dans les articles fondamentaux, en accordant au roi le pouvoir illimité de faire des lois, de déclarer la guerre, de lever des impôts, de convoquer les états et de nommer aux charges sans le consen-

  1. Imprimé à Stockholm en 1847.