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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/538

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votre voie, abordez sans hésiter les questions, les intérêts, les fait, dont le pays est préoccupé; jugez avec votre liberté les idées, les incidens, les hommes. » Autrement : touchez terre un peu plus souvent; quand vous, pensez aux hommes, appelez-les par leur nom; quand vous voulez parler des choses, servez-vous du langage de tout le monde.

Je m’associerai volontiers à cette remarque, que j’ai moi-même pris la liberté de faire à l’occasion : il est heureux peut-être, à un certain point de vue, qu’il n’y ait pas été tout de suite ni pleinement fait droit. En se maintenant, trop peut-être pour sa propre popularité, dans la région des principes, Varia nous fournit la meilleure des réponses aux contradicteurs intéressés qui soutiennent que l’union des partis libéraux dépourvus de principes avoués ne peut avoir que la valeur négative ou destructive d’un instrument d’opposition. La voilà en effet cette union telle que nous pouvons la rêver, en miniature sans doute, mais pourtant en vie : elle parle, elle marche, et loin de songer à dresser aucune machine de guerre contre aucun pouvoir, non-seulement elle ne menace, mais elle ne paraît même connaître ni ministres ni royautés. Loin de vivre de polémique sur les faits et d’équivoque sur les principes, elle paraît au contraire se complaire dans des développemens dogmatiques. Bien d’autres objections encore, insidieuses et sincères, qu’on se plaît à faire aux partisans de l’union libérale, ont leur réponse dans Varia. Vous doutez par exemple que sous ce mot de liberté invoquée en commun par des partis autrefois ennemis il y ait un sens précis, et vous mettez au défi ceux qui le prononcent avec ensemble de tomber d’accord d’une définition qui les satisfasse. De quelle liberté parle-t-on? dites-vous. Il y a des libertés de bien des sortes, des libertés constitutionnelles et des libertés démocratiques. Les amis du passé ont une manière d’entendre la liberté qui n’est pas celle de ses détracteurs. Il y a aussi la liberté de l’église et celle de la pensée. Toutes ces libertés-là ont souvent mal vécu ensemble, et l’on peut même dire qu’elles ont réciproquement travaillé à s’empêcher de vivre. Comment s’y prendre pour les accorder? Comment?... Varia soutient que la chose n’est pas si difficile qu’elle en a l’air, et se met en devoir de le prouver par son exemple. Sa prétention, c’est que ce n’est point en équivoquant sur le mot de liberté qu’on peut arriver à s’entendre, mais au contraire en l’approfondissant hardiment et en tirant sans crainte toutes les conséquences que l’idée comporte : c’est en un mot qu’il y a une liberté supérieure, une liberté par excellence, une liberté sans épithète, comme on l’a dit spirituellement, dont la vertu est de faire vivre en paix toutes les libertés particulières en commençant par les dépouiller de ces qualifications