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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/492

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reusement et avec des tendances de la politique de notre gouvernement que nous n’avons point hésité à combattre dès qu’elles se sont manifestées, et avec des conséquences naturelles de notre entreprise mexicaine. Notre gouvernement, depuis le commencement de la guerre civile en Amérique, a montré une partialité fâcheuse pour le parti sécessioniste ; personne n’a pu se méprendre sur la portée du projet de médiation que nous avons soumis à l’Angleterre et à la Russie, sur le projet d’armistice que nous avons proposé directement au gouvernement de Washington. Ce caractère de partialité a été d’autant plus marqué que notre situation et notre conduite présentaient le plus étrange contraste avec la situation et la conduite de l’Angleterre. L’Angleterre souffrait bien plus que nous de la fermeture des ports du sud dans son industrie cotonnière ; l’Angleterre a un intérêt politique palpable à la dissolution de l’Union américaine ; la nation anglaise, par ses traditions, par ses instincts, par tous ses sentimens de peuple, a été entraînée contre le nord et en faveur du sud dans cette lutte. Cependant le gouvernement anglais a scrupuleusement évité tout acte qui l’aurait pu conduire à une intervention entre les parties belligérantes et à une guerre contre le nord. Tout en France se présente sous un aspect contraire. La guerre civile nous imposait de bien moindres souffrances qu’aux Anglais ; le maintien de la république intégrale des États-Unis est un point cardinal de notre politique traditionnelle ; cette république, nous avons contribué à la faire, et nous avons puisé dans cette œuvre les premières inspirations de notre révolution ; l’existence de cette république est en notre faveur une condition de l’équilibre maritime. Enfin, comme nation, nous n’avons pour les Américains que des sympathies ; aucune opinion vraiment indépendante et spontanée n’a jamais souhaité chez nous la destruction de l’Union ; l’unanimité des organes indépendans de l’opinion publique a déploré comme une atteinte aux intérêts de la France tout ce qui pouvait amener le démembrement des États-Unis. On peut juger de l’inclination prononcée des esprits chez nous par ce qui se passe en ce moment : tandis qu’en Angleterre le gouvernement est obligé de lutter contre le public pour remplir ses devoirs envers les États-Unis et empêcher dans les ports anglais l’armement des corsaires confédérés, chez nous à peine la Florida s’abrite-t-elle à Brest, que nos négocians la frappent de saisies conservatoires, et que des constructions navales mystérieuses, qui semblent être faites dans nos chantiers au profit des états confédérés, sont spontanément dénoncées par la presse libérale et démocratique. Toutefois le gouvernement, à l’encontre des tendances naturelles de notre tradition et de l’opinion publique, n’a pas eu la prudence d’écarter ou de dissimuler ses idées défavorables à la république américaine. L’extrême péril de cette partialité manifeste, c’est qu’elle se combine avec les suites que peut naturellement avoir, si l’on n’y prend garde, notre affaire du Mexique.

En essayant de fonder un empire au Mexique, il est malheureusement vrai que nous créons gratuitement un antagonisme entre le patriotisme