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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/40

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ne se fasse la complice de ce bushranger. Et constamment en butte à leurs obsessions combinées, préoccupée de l’avenir des enfans, lasse enfin de la lutte qu’elle soutient dans de si misérables conditions, comment leur résistera-t-elle?...


….. Au plaisir, au soulagement que m’a procuré ma conversation avec l’aînée des misses Wodehouse, je puis apprécier les soucis qui me dévoraient depuis quelques jours. Ses relations avec Nettie, quoique bien peu fréquentes, ont pris un certain caractère d’intimité, et c’est, je pense, la seule véritable amie que la pauvre enfant ait pu se faire à Carlingford. L’âge de miss Wodehouse lui permet d’ailleurs de témoigner à Nettie une sorte de sollicitude maternelle et de lui faire écouter des conseils qui, venant de toute autre personne, seraient fort mal accueillis. Ces dames se sont rencontrées ce matin à la chapelle qu’on décore pour les fêtes de Noël, et ont eu au retour une conversation qui me rassure en partie. Miss Wodehouse, bien convaincue (elle n’est pas la seule) que Nettie était sur le point d’épouser M. Chatham, tâchait de lui faire comprendre, par mille insinuations délicates, qu’il serait bon, « avant le mariage, » de régler le sort de sa sœur et des enfans de sa sœur. « Jusqu’à présent, lui disait-elle, vous vous êtes sacrifiée à eux; mais une fois mariée, il faudra les sacrifier à votre époux... S’il a promis de les emmener avec lui, rien de mieux assurément;... mais une fois là-bas, — croyez-en ma vieille expérience, — il faudra mettre les choses sur un autre pied. »

Nettie la regardait, pendant tout ce discours, comme si elle lui eût parlé grec. Forcée de s’expliquer, miss Wodehouse dut faire une allusion plus directe à M. Chatham, au but probable de ses fréquentes visites.

« Vraiment, dit alors Nettie sans trahir d’autre émotion que celle d’une surprise effarouchée, se pourrait-il que ce fût là ce qu’il espère?... Le pauvre homme, il perd bien ses peines... Et vous vous imaginez, vous, reprit-elle en se tournant du côté de miss Wodehouse, qu’il a dû lui suffire de songer à pareille chose pour que ce soit une affaire conclue?... Eh bien! moi, je suis d’un autre avis... Vingt mille Chatham me demandassent-ils l’un après l’autre, je suis décidée à n’épouser jamais personne... Ce n’est pas mon lot, ce n’est pas mon affaire... Mon affaire est de ramener les enfans en Australie et de les élever de mon mieux... Vous croyez que je pleure? Je ne pleure pas le moins du monde... Des regrets, je ne dis pas, on en peut avoir, on peut trouver la route un peu dure;... mais on n’est pas ici, je suppose, pour faire ses quatre volontés, et ce n’est pas là d’ailleurs ce qui me manque... »

Ainsi a parlé mon intrépide Titania, mais sans persuader com-