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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/387

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ténuité, se confonde avec le silence; » mais souvent aussi l’instrument exécute des morceaux plus brillans, par exemple un air où sont mises en scène les deux vies, celle d’ici-bas et celle qui vient après. La première de ces deux vies, dit un narrateur, « fut exprimée par des sons d’un désaccord pénible pour l’oreille; dans ma pensée, ce n’était pas rendre tout à fait justice à un monde qui, quoique susceptible de perfectionnement, ne laisse pas d’avoir quelques riches harmonies. Par bonheur pour nos oreilles, la première vie ne dura pas longtemps; la seconde lui succéda et fut rendue par une musique céleste, telle qu’il ne m’avait jamais été donné d’en entendre. » L’accordéon est l’instrument dont M. Home se sert en Europe; en Amérique, il employait une guitare. — Un nuage est venu cependant cacher la lune dont les rayons éclairaient la salle; les assistans sont plongés dans une obscurité complète. Le thaumaturge choisit ce moment pour une de ses plus brillantes expériences. Certain qu’on n’y voit goutte, il dit : « Tout me porte à croire que je vais être enlevé en l’air. » Il ajoute quelques instans après : «Je m’enlève. » Ces phénomènes d’élévation ou de lévitation, — c’est le mot consacré, — sont, dit M. Home, tout à fait indépendans de sa volonté; c’est à peine s’il en a conscience. «Je suis, ajoute-t-il, soulevé perpendiculairement, mes bras raidis et relevés par-dessus ma tête, comme s’ils voulaient saisir l’être invisible qui me lève doucement du sol. Quand j’atteins le plafond, mes pieds sont amenés au niveau de ma tête, et je me trouve comme dans une position de repos... Il m’est arrivé de rester ainsi suspendu pendant quatre ou cinq minutes. » Toujours attentif à porter la conviction dans l’esprit des spectateurs, qui à ce moment s’écarquillent les yeux, M. Home, dont la voix a des ressources savamment acquises, a soin de parler pendant son voyage aérien pour que le son de sa parole indique bien le chemin qu’il parcourt. Il ne manque jamais d’ailleurs de se munir d’un crayon avec lequel il fait au plafond des marques que chacun peut voir quand la lumière est revenue. Il a été donné à quelques-uns de toucher de plus près encore le phénomène de la lévitation; ce bonheur échut notamment au comte de B..., dans une séance donnée en 1857 près de Bordeaux. « Comme j’avais commencé à être élevé, dit M. Home, le comte quitta sa place, et, venant se placer au-dessous de moi, il saisit mes chaussures. Je repris alors mon ascension, le comte toujours cramponné à mes pieds, jusqu’à ce que mes bottines, qui étaient à élastiques, lui restassent dans les mains. »

Mais voici les grandes manifestations. Il ne suffît plus aux esprits d’agiter une sonnette, de faire vibrer un accordéon, de toucher les assistans de leurs mains surnaturelles, ni d’élever M. Home au plafond. Ils veulent parler. Des craquemens se font entendre dans les meubles, des frappemens retentissent dans les murs. M. Home de-