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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/382

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néophytes, ses publications. Ce n’est pas que le spiritisme, à proprement parler, nous apporte rien de nouveau. L’histoire du merveilleux a été faite plusieurs fois, et elle est assez uniforme; ce sont au fond les mêmes prodiges et les mêmes idées qui se reproduisent toujours, plus ou moins bien accommodés au goût du temps. On peut même remarquer que les acteurs qui remplissent de nos jours les principaux rôles sur la scène du surnaturel sont bien inférieurs à ceux qui les ont précédés. M. Home ne vaut pas Cagliostro, et les spirites ne sauraient se comparer aux illuminés de la fin du dernier siècle. Tels qu’ils sont cependant, nous devons à cet esprit de tolérance dont nous parlions tout à l’heure de nous en occuper quelques instans. Nous en trouverons l’occasion dans un livre récemment publié par M. Home sous le titre de Révélations sur ma vie surnaturelle et dans les écrits de M. Allan Kardec, directeur de la Revue spirite. Ce n’est point que les personnes méritent ici par elles-mêmes une étude particulière, et il ne s’agit nullement pour nous de les mettre en relief; mais la vie de l’un, les théories de l’autre nous fournissent, commodément groupés, les traits qu’il nous importe surtout d’étudier dans l’histoire contemporaine du merveilleux.

Commençons par M. Home, et voyons-le tel qu’il se montre à nous dans son livre; nous ne voulons pas le placer hors de ce cadre tracé de sa propre main. La célébrité qu’il a réussi à conquérir est composée de tels élémens que nous ne nous soucions d’y toucher qu’en le prenant pour seul guide. Cela suffit d’ailleurs au but que nous nous proposons; nous avons moins besoin de connaître en lui l’homme que le thaumaturge.

M. Daniel Home est Écossais, Édimbourg l’a vu naître; mais dès l’âge de neuf ans il passa aux États-Unis d’Amérique avec une tante qui l’avait adopté : c’est donc dans la patrie de Barnum qu’il s’est développé. Il était, dès son enfance, d’une santé si délicate et d’un tempérament si nerveux qu’on ne pensait pas qu’il fût possible de l’élever. Il montra bientôt une imagination exaltée et tournée au surnaturel. A treize ans, il eut une vision tellement distincte qu’elle peut être considérée comme un brillant début pour sa carrière. Il s’était lié à Norwich (Connecticut), où habitait alors sa tante, avec un autre enfant, chétif et mélancolique, nommé Edwin, et les deux jeunes amis causaient volontiers des histoires de revenans qu’ils avaient entendu raconter. Ils convinrent un soir que celui des deux qui le premier quitterait la terre viendrait, si la chose était possible, se présenter le troisième jour à son ami. Cette promesse mutuelle fut faite avec toute la solennité qu’elle comportait, et ils prièrent avec ardeur pour qu’elle pût s’accomplir. Deux mois plus tard, comme le jeune Daniel avait quitté Norwich et était allé s’établir à trois cents milles de là, à Troy, dans l’état de New-York, la