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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/374

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les détails d’intérieur de ces bibliothèques, à moins d’y être invitée par elles. »

Ce peu de mots expliquent parfaitement le but, le rôle et l’importance de la société Franklin. Elle existe depuis peu de temps et n’a encore qu’un revenu tout à fait insignifiant, qui suffit à peine à quelques dépenses de bureau indispensables. Il est à désirer que le nombre des associés augmente (la cotisation annuelle n’est que de 12 francs), et que la société soit mise à même de faire des dons et des avances. Jusqu’à présent, elle n’a pu que préparer ses catalogues et correspondre avec les fondateurs de bibliothèques qui ont désiré son concours. Elle leur sert aussi, avec grand avantage, d’intermédiaire auprès des éditeurs. Une importante maison de librairie a eu l’idée de mettre à la disposition des bibliothèques communales des caisses contenant, en volumes solidement reliés, une valeur de 200 francs, moyennant une location de 25 centimes par jour. Quand tous les volumes ont été lus, la maison de librairie les reprend et les remplace, sans frais, par une nouvelle caisse. Il suffit donc de payer 25 centimes par jour pour avoir à sa disposition cinquante ou soixante volumes. En prenant quatre caisses, vingt associés, qui payeront chacun 5 centimes par jour, pourront choisir entre plus de deux cents volumes constamment renouvelés. Sur l’invitation de la société Franklin, la plupart des libraires de Paris se sont empressés d’entrer dans cette combinaison. Aucun livre, cela va sans dire, n’est imposé aux locataires. Les catalogues contiennent un très grand nombre de numéros en ouvrages d’histoire, de morale, de religion, de sciences, et même de fantaisie. Une commune rurale, une ville industrielle, une école, un collège, un séminaire, trouvent amplement à s’approvisionner, suivant leurs besoins et leurs tendances particulières. On peut donc dès aujourd’hui fonder une bibliothèque où l’on veut sans dépenser d’argent. Qu’il y ait partout un homme ou une femme de bonne volonté pour prendre l’initiative, et la France, avant un an, sera couverte de bibliothèques.

Déjà le mouvement se propage de tous les côtés. Nos départemens les plus reculés et même nos départemens d’Algérie veulent avoir leurs dépôts de livres. Une société analogue à la société Franklin s’est fondée tout récemment en Alsace. A Paris, c’est une véritable fureur parmi les ouvriers. Qui n’en serait à la fois consolé et réjoui? Ce désir d’apprendre est plus qu’un heureux symptôme, c’est déjà un grand progrès moral. Plusieurs bibliothèques sont fondées, organisées, en exercice. Cinq arrondissemens ont leur bibliothèque. Les livres ne suffisent pas aux demandes. On en prépare une dans le quartier de Chaillot; en huit jours, 194 ouvriers se sont inscrits. Pour peu qu’on y mette un peu d’énergie et que l’on comprenne la