Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/367

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dans les livres autorisés; les livres n’arrivent au public qu’après un double triage, celui que fait la police, celui que fait la société elle-même. Pour qu’une société des bons livres produise tout le bien qu’elle est appelée à produire, il faut d’abord qu’elle soit libre elle-même, et ensuite qu’elle ait à côté d’elle la liberté.

Ces sociétés sont nombreuses et puissantes chez nos voisins; mais, disons-le sur-le-champ, c’est presque toujours le zèle religieux qui les suscite. Il suffit de rappeler le nom des principales : the pure Literature society, the Christian Knowledge, the religious tract Society. De même à Genève nous trouvons la Bibliothèque d’édification, l’Union chrétienne des Jeunes gens. Cela est tout simple : l’ardeur de la propagande est une conséquence ou, pour mieux dire, une forme de l’esprit religieux. D’ailleurs l’association est facile entre personnes unies par un même dogme. Il en est tout autrement dans le monde de la libre pensée.

Est-ce à cette cause qu’il faut attribuer notre infériorité évidente dans l’œuvre de la propagation des livres ? Il est certain que la foi est moins vivace en France, sinon dans le peuple des campagnes, qui est la matière et non l’agent de la propagande, au moins dans la partie éclairée de la population. Au reste, même chez nous, presque tout ce qui a été fait a été inspiré par la foi religieuse.

Ainsi les catholiques ont à Paris la Société pour l’amélioration et l’encouragement des publications populaires, qui publie depuis deux ans un bulletin. L’œuvre de saint François de Sales, fondée il y a dix ans, les œuvres toutes récentes de Saint-Michel et de Sainte-Anne, sans avoir pour unique but la propagation des livres, en répandent un très grand nombre, à très bas prix. Beaucoup de bibliothèques paroissiales ont été fondées en province, comme l’attestent l’existence d’une Revue des Bibliothèques paroissiales du diocèse d’Avignon et l’œuvre des bibliothèques cantonales du diocèse de Nancy. Ajoutons à cela des publications périodiques, telles que la Semaine des Familles, l’Abeille historique et littéraire, l’Ouvrier, le Messager de la semaine. La société de Saint-Vincent-de-Paul tire à 125,000 exemplaires ses Petites lectures illustrées, qui paraissent tous les mois, et coûtent 40 centimes par an.

Les protestans, de leur côté, font de très louables efforts. Le Lecteur, organe des bibliothèques populaires, paraît tous les deux mois. Il est imprimé à Montbéliard. Montbéliard a une société spéciale pour la propagation des livres; il y en a aussi à Strasbourg, Mulhouse, Colmar et Lyon. La Société des Traités religieux, de Paris, répand chaque année un million et demi de petits traités. MM. Courtois, banquiers à Toulouse, y ont fondé, il y a une vingtaine d’années, une Société des livres religieux qui, dans l’exercice 1861, a