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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/347

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M. Pasteur ramenèrent l’attention de M. Davaine sur ce singulier phénomène, et il étudia de nouveau cette année le sang des animaux atteints de l’épizootie. Il y trouva un nombre immense de bactérium tout à fait semblables à ceux qu’il avait observés en 1850. Le 21 juillet 1863, il inoculait de ce sang à deux lapins et à un rat blanc bien portans et vigoureux. Après vingt-quatre heures, le sang de ces animaux était encore sain et ne renfermait aucun infusoire. Quarante-trois heures après l’inoculation, l’un des lapins était mourant. Son sang, recueilli après une incision de la langue, contenait une foule de bactéries semblables à celles du mouton. Le second lapin mourut soixante-trois heures après l’inoculation, et son sang offrit les mêmes phénomènes. Le rat, chose étrange, résista à l’inoculation. L’opération fut renouvelée, et la seconde fois, comme la première, le petit animal n’en souffrit d’aucune façon. Les bactéries du sang de rate sont, d’après M. Davaine, des filamens libres, droits, raides, cylindriques, d’une longueur qui varie entre 4 et 12 millièmes de millimètre, et d’une extrême minceur. Ils n’ont absolument aucun mouvement spontané. Quand le sang se putréfie, les bactéries s’infléchissent en divers sens et se fragmentent. Ces animaux disparaissent complètement quand le sang est en putréfaction, et ce fait singulier les séparerait de toute la catégorie des infusoires qui se forment dans les matières putréfiées, si d’ailleurs ils ne s’en distinguaient déjà par leur développement dans du sang vivant. Ces intéressantes observations de M. Davaine n’ont été soumises à l’Académie des Sciences qu’au commencement du mois d’août; elles nous fournissent le premier exemple bien constaté d’une maladie du sang due à la présence d’êtres inférieurs capables de se développer et de se multiplier dans le torrent même de la circulation. Les bactéries sont des animalcules très avides d’oxygène; on comprend dès lors que, lorsqu’ils se trouvent dans le sang, ils absorbent la plus grande portion de ce gaz fourni par la respiration, et empêchent ainsi la combustion de toutes les substances qui doivent être rejetées hors de l’économie. Le sang s’appauvrit parce qu’il ne sert plus en quelque sorte qu’à nourrir des parasites. Il serait intéressant de rechercher si les merveilleuses vertus toniques de certaines substances, de l’iode par exemple, se rattachent à une action comburante : l’iode, en certains cas, agit sans doute en rendant l’oxygène libre et en le rejetant en quelque sorte dans le courant circulatoire.

Il faut se détourner à regret de tant de problèmes à peine effleurés encore par la science, pour arriver à un autre ordre de questions que soulève cette étude : comment la matière peut-elle sortir de l’immobilité, de l’inertie inorganiques, et prendre avec une structure nouvelle la mobilité, la vie, la faculté de la reproduction?