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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/310

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ivresse de leur émancipation, prirent plaisir à violer non-seulement les lois de la vertu, mais les règles de la pudeur, alors, par une réaction naturelle, parurent des femmes honnêtes, étalant leur vertu comme d’autres étalaient leur indécence, demandant à la philosophie, avec des principes solides, des maximes agressives, empruntant aux hommes leur parole sentencieuse et brève, leur langage intrépide, et capables d’ailleurs d’égaler et de surpasser souvent leur héroïsme : vaillantes femmes, dont la force n’était pas toujours dépourvue de grâce, qui voulaient en mourant s’associer à la gloire de leurs époux, comme les femmes de Pætus, de Thraséas, de Sénèque, dont la fidélité et la mâle constance étaient ensuite proposées en exemple, et que, par une sorte de canonisation profane, l’admiration universelle mettait au rang des femmes stoïques. Perse n’a jamais vécu éloigné de ce cercle de graves matrones, composé de sa mère, de sa sœur, de sa tante et de ses admirables cousines. Il a trouvé un abri pour sa candeur, un encouragement pour sa jeune vertu dans cette société pudique et sévère où régnait le souvenir de la première Arria, et qui s’armait d’avance de courage contre des périls à venir et faciles à prévoir. Il a pu s’entretenir souvent avec la seconde Arria, qui se montra la digne fille de sa mère; il a contribué sans doute à former l’esprit de la jeune Fannia, fille de Thraséas, celle qui devint la femme d’Helvidius, et qui donna plus tard pour la troisième fois dans cette famille l’exemple du même dévouement conjugal. Ainsi le poète a trouvé autour de lui le stoïcisme sous toutes les formes, dans les doctes entretiens avec des philosophes, ses maîtres et ses amis, dans les conversations familières avec des politiques tels que Thraséas, et jusque sur le visage aimable de ces futures héroïnes [1].

On peut appliquer à toute cette famille ces mots de Tacite parlant de l’un de ses membres, d’Helvidius : « Il suivait les maximes de ces philosophes qui ne reconnaissent d’autre bien que la vertu, d’autre mal que le vice, et qui ne comptent la puissance, l’éclat du rang et tout ce qui est hors de l’âme ni pour un bien, ni pour un mal. Opiniâtre dans l’honnête, inaccessible à la crainte, on ne pouvait lui reprocher peut-être qu’une passion, la dernière dont se dépouille le sage, l’amour de la gloire. Recti pervicax, constans adversus metus, erant quibus appetentior famœ videretur, quando etiam sapientibus cupido gloriœ novissima exuitur. » Ces mécon-

  1. Pline le Jeune a beaucoup connu Fannia, et, en nous apprenant qu’elle ressemblait en tout à sa mère, il nous peint l’une et l’autre : » Quæ castitas illius! quæ sanctitas! quanta gravitas, quanta constantia!... Eadem quam jucunda, quam comis, quam denique (quod paucis datum est) non minus amabilis quam veneranda!... Utramque colui, utramque dilexi, utram magis, nescio. » L. VII, 19.