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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/245

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puissante, voit la noblesse accaparer toutes les grandes positions, toutes les fonctions publiques dans l’armée, la diplomatie et l’administration, et, non contente de ces dangereux avantages, la noblesse prend plaisir, par sa morgue et son esprit exclusif, à envenimer la jalousie qu’elle inspire. Le National-Verein devint donc bien vite en Prusse le point de ralliement de toutes les aspirations de la bourgeoisie. La noblesse enveloppa dans une condamnation générale cette institution et toutes les idées qui s’y rattachaient. La plupart des princes, effrayés par les tendances des membres les plus avancés du parti unitaire, commirent longtemps la même faute; ils rendirent ainsi naturelle et nécessaire l’alliance d’élémens qu’ils auraient pu diviser, et dont une partie pouvait ne pas leur être hostile. Aussi, lorsque le roi de Prusse, imbu des idées d’un autre siècle, se mit entre les mains du parti de la noblesse, il se trouva par cela même en opposition avec tout le reste de la nation. Ce parti, rendu plus odieux encore par le nom de Junkerpartei qu’il s’est donné, et qui désigne non une opinion, mais une classe, s’inspire de tout ce qu’il y a d’étroit dans l’esprit prussien. Il admettrait bien que la Prusse gouvernât l’Allemagne, pourvu qu’il pût continuer à gouverner la Prusse; mais il redoute de voir la Prusse absorbée par l’Allemagne, car ce serait le terme de son pouvoir. Il ne réussira, croyons-nous, qu’à mettre son pays à la remorque de l’Allemagne, au lieu de le placer à sa tête, car le mouvement unitaire peut être contrarié, mais il est trop fort pour être arrêté.

L’exemple de l’Italie a eu une grande influence en Allemagne. Il y règne ce malaise dans les esprits, ce besoin indéterminé de changement, précurseur des grandes crises; mais les Allemands, beaucoup plus heureux que n’étaient les Italiens avant 1859, n’ont pas, pour étouffer un instant leurs divisions, le lien commun de la haine d’un oppresseur étranger. Le parti avancé, qui répond à celui de la démocratie centralisatrice, voudrait former de toute l’Allemagne un seul état ayant pour tout gouvernement un pouvoir central très puissant à Francfort. Quoiqu’il ne l’avoue pas hautement, ses tendances sont évidemment républicaines, et ne peuvent être autre; chose; mais la grande masse du pays n’est pas avec lui. Ce qu’elle désire, c’est quelque chose qui, sans être une véritable révolution sociale, donne un corps tangible à cette grande idée de la nationalité allemande qui est profondément enracinée dans tous les cœurs. Ce quelque chose n’est pas facile à trouver, encore moins à préciser; mais au sentiment du plus grand nombre il pourrait se définir par l’unité d’armée et de diplomatie, c’est-à-dire par l’unité d’action vis-à-vis de l’étranger.

A tous ces projets, le principal obstacle s’est toujours rencontré dans la position de la Prusse et de l’Autriche, qui, quoique principalement allemandes, ne le sont pas entièrement, qui ne peuvent ni introduire dans la balance leurs provinces extra-allemandes, ni s’en séparer, et renoncer par là au rôle de grandes puissances européennes. On a eu récemment la pen-