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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/243

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diversement autour de l’Autriche et de la Prusse. Ce revirement d’attitudes a placé le parti unitaire et le National-Verein dans une situation contradictoire et singulière. En effet, dans tous les plans imaginés pour réorganiser l’Allemagne, la Prusse, qu’elle fût l’instigatrice ou l’instrument de ces projets, devait toujours jouer le premier rôle. Il devait en être ainsi, puisque le parti libéral prussien forme le groupe dirigeant et le plus considérable du parti unitaire allemand. L’initiative autrichienne est venue apporter une complication nouvelle dans la position du parti libéral prussien. Il n’est pas sans intérêt, à ce point de vue, d’essayer de faire comprendre les deux caractères distinctifs du conflit engagé entre le roi de Prusse et la chambre prussienne. Ces caractères sont des deux parts une singulière obstination et des lenteurs qui, même pour l’Allemagne, peuvent être regardées comme extraordinaires.

Les Allemands sont, au point de vue intellectuel et moral, un peuple très cultivé, mais dont l’éducation politique et pratique est demeurée en retard. Aussi, dans les questions constitutionnelles qui ne peuvent se résoudre que par des compromis, ils sont naturellement enclins à pousser les choses à l’extrême. La constitution prussienne fait beau jeu à cette disposition. Octroyée un beau matin comme une conception a priori, au lieu d’avoir été élaborée par l’expérience et consacrée par le temps, cette constitution présente des lacunes et des équivoques. A propos du budget, elle dit seulement qu’il sera réglé par une loi, et les termes de la rédaction sont si vagues que le roi peut soutenir avec assez d’apparence que, si le nouveau budget n’est pas voté, il a le droit d’appliquer celui de l’année précédente. Le roi est allé au-delà de cette interprétation. C’était justement le budget de l’année antérieure qu’il trouvait trop faible; ayant réorganisé l’armée contrairement au vote de la chambre, il lève maintenant de son autorité privée les sommes nécessaires à l’entretien de cette nouvelle organisation. La constitution est on cela positivement violée; mais le roi de Prusse se trouve dans la situation bizarre d’un souverain qui peut violer les lois et qui ne peut cependant pas devenir absolu. La constitution a son article 16, sur lequel ont été fondées les ordonnances tyranniques qui régissent en ce moment la presse. Or le peuple prussien est ainsi fait : sans être apathique, il est si patient qu’il tolère une violation des lois, pourvu qu’elle soit temporaire, et que les lois ne soient point changées. Il p. confiance dans le triomphe définitif des lois, ou bien il ajourne sa résistance au moment où l’on tenterait de les abroger. Tout le monde en Prusse s’accorde à dire que l’on supportera jusqu’à la prochaine réunion des chambres les impôts arbitrairement levés et l’inique législation de la presse, mais que si le roi ne convoquait point les chambres, s’il voulait modifier leur esprit en changeant le cens et le système d’élection, il donnerait le signal de la résistance immédiate. Voilà donc le roi de Prusse avec quatre mois devant lui pour jouer à la monarchie absolue. La fin de décembre le replacera devant la même chambre pour reprendre la même discussion, affaibli de tout ce que