Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/228

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


loppaient leur couvent; elles n’en voulaient pas sortir, elles cherchaient leurs confitures.

L’atrium de la maison de Proculus est entouré de petites pièces parmi lesquelles, chose curieuse, on compte plusieurs chambres à coucher (cubicula), ce qui contrarie un peu les théories des savans sur la partie antérieure de la maison romaine. L’exiguïté même de ces cabinets en prouve la destination ; on trouve de plus dans l’un de ces cubicula une fissure où devait être introduit le bord d’un lit assez large pour deux. Dans un autre, à gauche de l’atrium, s’est dévoilée une singulière peinture, une tête très brune, à cheveux courts et à lèvres épaisses, peut-être une tête d’Africain, en tout cas un visage très particulier, point idéal. Une jeune femme parle à ce moricaud, et ce n’est point une déesse. La mythologie ne nous apprend rien qui se rapporte à ce sujet; c’est donc apparemment un portrait, rareté singulière, peut-être unique. Un autre cubiculum de la même maison est décoré de médaillons où rient des bustes de bacchantes et de satyres tenant une coupe, ou enlacés l’un à l’autre, ou se parlant à l’oreille. L’une des bacchantes repousse un vieux Silène. C’est toute une galerie consacrée à Bacchus. Dans un coin de la pièce, une femme ou un homme, coiffé du bonnet phrygien (Vénus ou Pâris, sur ce point les opinions diffèrent), porte sur son épaule un petit Amour et regarde sournoisement les sept bacchantes, ou les sept hyades selon M. Minervini. Au-dessous de Pâris ou de Vénus, un amateur a peint grossièrement un navire portant un gros rat. Était-ce une épigramme obscène? Un passage d’Élien, cité par M. Fiorelli, le ferait croire et pourrait expliquer cette peinture.

Il nous reste à parcourir les deux ailes et le tablinum. L’aile droite est celle où l’on trouva toute la batterie de cuisine; l’aile gauche nous offre quelques peintures, entre autres un Apollon embrassant une Daphné qui se débat : un petit amour se lève sur la pointe des pieds pour tirer le voile de la jeune fille. On aperçoit sur un autre mur un groupe de Persée et d’Andromède. Enfin un troisième tableau, fort endommagé, ne présente plus que trois paires de jambes : on y a reconnu celles d’Hercule, qui, suivies de celles d’un prêtre, marchent vers celles d’un héros nu. Ces trois sujets d’Hercule, Persée, Apollon, sont-ils réunis là par hasard ou de parti-pris? — De parti-pris assurément, répond M. Minervini, savant à l’allemande, érudit ingénieux, qui demande toujours le pourquoi. Je ne le suivrai pas dans cette recherche, où il remue ciel et terre, en avocat consommé, pour établir la préméditation du décorateur : il vaut mieux y renvoyer les savans, qui ne manqueront pas d’admirer ce tour de force archéologique.

Le tablinum est joli, pavé en briques battues entrecoupées de