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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/224

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attache ses baies légères; ses pieds sont couverts ou plutôt ornés de chaussures précieusement ciselées, où serpentent les tiges d’une autre fleur, celle peut-être qui porte son nom. Il a jeté sur son épaule une peau de chèvre dont l’extrémité s’enroule autour de son poignet; il tient sur sa hanche sa main gauche ou du moins le pouce et le petit doigt de cette main, les autres doigts étant plies avec une mignardise efféminée. L’autre épaule est libre; l’autre main, effilée, très finie (toutes les extrémités de la statuette sont étudiées avec amour), lève et tourne son index vers l’endroit d’où vient le bruit. La tête s’incline avec une moue très singulière, où l’on peut voir une expression de complaisance ou d’humeur; l’oreille est tendue; tout le corps penche à droite en suivant ce mouvement d’attention; il écoute. N’est-ce pas Narcisse, et n’entend-ii pas au loin la nymphe Écho?

Veut-on étudier maintenant de près et avec quelque attention une des maisons romaines nouvellement découvertes : il faut quitter les ruelles où nous sommes sans lire les inscriptions du voisinage, bien qu’il y en ait de curieuses, entre autres une acclamation aux libéralités de Néron et un programme de spectacle annonçant une chasse et un combat à l’amphithéâtre. « Il y aura une tente (vela erunt) ! » ajoute le chef de la troupe ou de la famille des gladiateurs, comme on disait en ce temps-là. On peut s’abstenir de descendre jusqu’à la maison du cithariste, celle qu’on fouille devant les souverains et où l’on retrouve toujours quelque chose; on peut négliger aussi celle de Cornélius Rufus, bien qu’elle soit vaste et belle, et qu’elle conserve encore le buste en marbre de ce vénérable inconnu : elle est trop dépouillée pour nous instruire; mais un peu plus près du Forum, dans la même rue (celle d’Holconius), en face des nouveaux thermes, s’ouvre une habitation toute fraîche encore : à droite est une boutique derrière laquelle, dans une sorte de laboratoire, apparaissent encore de grandes vasques en maçonnerie couvertes d’un enduit très dur, et qui servait peut-être à teindre les laines. La chaux paraît rongée et saupoudrée d’une substance noirâtre, où la chimie a reconnu du sulfate de fer. Ce pourrait donc être une boutique de teinturier. La porte en avait disparu, comme toutes les constructions en bois; mais la cendre durcie en a gardé l’empreinte. M. Fiorelli a donc pu la dessiner exactement. Elle se composait de neuf volets s’emboîtant l’un dans l’autre dans une rainure encore marquée sur le seuil. Cette sorte de devanture était interrompue sur un point où la coulisse n’apparaît plus; là devait tourner la vraie porte, qui s’ouvrait en dedans et se fermait au moyen d’une forte serrure. Le philosophe Sénèque parle quelque part d’un pythagoricien qui, passant devant la boutique d’un cordonnier et la trouvant close, parce que l’homme était mort, n’en insinua pas moins