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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/215

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que les trous où furent jadis plantés les arbustes, le petit bassin carré de marbre blanc servant d’impluvium, et, dans un coin de chambrette, un cul de bouteille et un coquillage d’espèce très commune. Le coquillage, le cul de bouteille et même un fragment de tuyau de plomb qu’on trouva près de la fontaine furent aussitôt emportés et notés.

Ainsi des moindres objets d’art. On les dépose dans la maison d’un surveillant jusqu’à l’arrivée de l’inspecteur, qui, donnant l’exemple du zèle et de l’assiduité, vient à Pompéi plusieurs fois par semaine et, quand il peut, tous les jours. L’inspecteur désigne les objets qui doivent être envoyés au musée de Naples, et des rebuts qui ne valent pas le transport, des brisures qu’on aurait jetées autrefois, il a fait, dans Pompéi même, une petite collection déjà riche et fort intéressante à consulter sur les lieux. Ce sont des meubles, des ustensiles de ménage, des instrumens et des outils de toute sorte, des ferrières en bronze dont les anciens se servaient pour affermir les talons de leurs chaussures et qui trahissent des pieds énormes; quelques paysans des provinces méridionales en portent de pareilles encore aujourd’hui. Ce sont des fourneaux, des cuisines portatives, deux portes en fer, celle entre autres qui fermait si hermétiquement un four récemment découvert, qu’il n’y était entré ni une goutte d’eau ni un grain de cendre. Quatre-vingt-un pains, qu’on y avait mis cuire le 23 novembre de l’an 79, en ont été retirés un à un en 1862, tous intacts, un peu durs, un peu noirs, momifiés pour ainsi dire, mais d’une conservation parfaite, ronds et drus comme des bourrelets. Soixante et un de ces pains, dont chacun peut peser 1 kilogramme, sont conservés dans le musée de Pompéi. D’autres comestibles y figurent dans les récipiens où ils furent retrouvés : des noix, des noisettes, des écailles et des arêtes de petits poissons (probablement de sardines), des grains de blé, des figues, des olives, des oignons, des haricots, des lentilles. Je passe une foule d’objets en verre et en terre cuite : plats, coupes et soucoupes, tirelires, verres et fioles, flacons, carafes assez pareilles à celles des cantiniers napolitains; que dirai-je encore? des tessères ou billets de spectacle, des poids de marbre ou de plomb, des hameçons pour la pêche, des instrumens de toute sorte : ciseaux, tranchets, tenailles, marteaux, haches, pioches, bêches et faux de labour, des couleurs dans les pots où elles étaient contenues; des serrures, des boules et des clés, des fragmens de stuc tombés, des spécimens de tous les marbres trouvés dans les fouilles, enfin deux bancs à deux places, bisellia, en bronze, marquetés d’or et d’argent. Ce ne sont là pourtant que des rebuts, des débris restaurés; tous les restes de quelque valeur ont été transportées au musée de Naples. J’ai voulu me rendre un compte exact du nombre d’objets reçus de Pompéi