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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/191

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nous en cite lui-même un exemple récent. Au 1er mai de l’année 1862, il avait annoncé que l’année serait chaude et sèche. Cependant il y a eu sept jours pluvieux de plus que de jours sans pluie; mais, ajoute-t-il, la quantité totale d’eau tombée en 1862 est moindre que les années précédentes. Les grands fleuves, le Danube, la Seine, le Mississipi, sont descendus à leur niveau le plus bas au mois d’octobre. Pour ceux qui ne tiennent compte que de la durée de la pluie, l’année a donc été humide, et elle a été sèche pour ceux qui se préoccupent de la quantité d’eau tombée. Cette observation suffît, ce semble, pour montrer l’inanité de ces prédictions. En même temps elles inspireront une juste défiance contre les prophètes qui, par une combinaison de chiffres, sauront toujours, après coup, se donner les apparences de la raison.

M. Coulvier-Gravier est un météorologue de trop bonne foi pour fonder le succès de ses pronostics sur l’ambiguïté des termes. Aussi déclare-t-il que la science des météores est appelée à rendre un plus important service : c’est d’indiquer trois ou quatre jours à l’avance les perturbations atmosphériques qu’on doit craindre ou espérer, soit pour en profiter, soit pour s’en garantir. Si l’observateur voit un soir les étoiles filantes marcher en ligne droite et fournir une longue course avant de s’éteindre, cela dénote la tranquillité des couches supérieures de l’atmosphère. Le calme observé dans les hautes régions continuera sur la terre, si déjà nous en jouissons, ou s’y rétablira bientôt, si nous avons des orages autour de nous. Que si les étoiles filent au contraire avec rapidité, durent peu ou sont déviées de leur route, c’est un signe certain que la tranquillité dont nous jouissons ne tardera pas à être troublée. Les étoiles filantes sont blanches d’ordinaire : cependant il y en a de rouges, jaunes, bleues, vertes, qui sont encore un signe particulier de perturbation: mais les indications les plus précieuses sont fournies par les étoiles dont la course est plus ou moins curviligne et accidentée. Il faut quelque temps, il est vrai, pour se familiariser avec ce phénomène particulier, car la durée d’une étoile filante est si courte, l’apparition est si imprévue, que l’œil a peine à saisir dans le ciel les stations et les rétrogradations qu’elle éprouve. C’est là cependant l’indice le plus utile à recueillir, et, au dire de M. Coulvier-Gravier, un seul météore qui s’avance par saccades suffirait pour pronostiquer avec certitude une tempête violente à plusieurs jours de distance. Il est encore d’autres étoiles filantes non moins remarquables, auxquelles il donne le nom d’étoiles mouillées, parce que, par le plus beau ciel du monde, elles paraissent comme étouffées dans une masse d’eau, et que plus le nombre en est considérable, plus on est menacé de pluies abondantes. D’autres, qui s’éteignent au moment où elles pa-