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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/186

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assez naturelle, aux étoiles filantes, qui ne font que briller un instant et disparaître dans les profondeurs de la voûte céleste. Aristote supposait que la pierre qui était tombée à Ægos-Potamos avait été enlevée par la force du vent. Moins crédules plus tard, les astronomes admirent que les bolides se formaient dans l’atmosphère par l’agrégation des vapeurs métalliques que dégagent les usines, comme la pluie, la grêle et la neige se forment par l’agrégation des vapeurs aqueuses. Les usines métallurgiques, disait-on, donnent naissance à des fumées épaisses qui entraînent les métaux mêmes dans un état extrême de ténuité, comme une poudre impalpable. Sans doute la plus grande partie de ces matières retombe très vite dans les localités voisines; mais ce qui reste est entraîné au loin, et, l’électricité aidant (on fait volontiers intervenir l’électricité lorsqu’on est embarrassé), se condense en masses volumineuses qui retombent naturellement sur la terre. Laplace faisait venir les aérolithes de la lune. C’étaient, suivant lui, des pierres lancées par les volcans de notre satellite, et il démontrait qu’il ne leur fallait, pour sortir de la sphère d’attraction de cette planète, qu’une vitesse égale à cinq fois et demie celle d’un boulet de canon. Ceci donnait bien raison de l’identité de composition chimique de tous les aérolithes connus, et justifiait mieux que la précédente explication la direction oblique qu’ils suivent dans leur chute, car, s’ils se formaient dans l’atmosphère, ils devraient tomber verticalement comme tombe la grêle. Il y avait néanmoins quelque chose de bizarre dans cette hypothèse où l’illustre auteur de la Mécanique Céleste assimilait la lune à un mauvais voisin qui jetterait des pierres sur la terre. Puis il faudrait être sûr que la lune a des volcans, ce qui n’est pas encore démontré. Enfin, si les étoiles filantes et les aérolithes ont une même origine, notre satellite s’épuiserait bien vite à fournir cette prodigieuse quantité de pierres météoriques.

Une troisième hypothèse, qui jusqu’à ce jour a paru aux astronomes, sinon mieux justifiée, du moins plus acceptable, consiste à faire de chaque étoile filante, de chaque bolide, un astéroïde, c’est-à-dire un petit astre, une petite planète. Le monde serait peuplé de milliards de ces astéroïdes qui circuleraient autour du soleil comme les grosses planètes, et qui ne deviendraient visibles qu’au moment où ils pénétreraient dans notre atmosphère. Alors le frottement contre l’air atmosphérique les enflammerait. Quelquefois ces petits astres brûleraient tout entiers sans rien laisser qu’une traînée lumineuse, d’autres fois ils ne se fondraient qu’en partie et tomberaient sur notre sol encore incandescens. Il y aurait ainsi dans les espaces célestes où notre globe s’avance régulièrement chaque jour la monnaie d’une grosse planète dont la masse terrestre s’accroîtrait