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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/181

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biles et sur les nuages? Pourquoi ce qui est vrai pour le flux de la mer ne le serait-il pas pour le flux atmosphérique ? A cette objection, la réponse est bien simple. De même que les marées de l’Océan ne font pas les courans marins, de même les marées atmosphériques ne font pas les vents. Tout est analogue dans les deux océans qui recouvrent la terre, l’un aqueux que le marin a sous les pieds, l’autre gazeux qu’il a sur la tête, et qui ne diffère du premier que par la légèreté du fluide, La pluie est pour l’un ce que l’évaporation est pour l’autre. Les vents correspondent aux courans. Descendez au fond de la mer, vous trouverez le calme absolu. Élevez-vous dans l’atmosphère au-dessus des nuages, par delà les montagnes, vous trouverez encore le calme, l’immobilité, en sorte que les deux élémens, l’air et l’eau, qui se touchent sur la presque totalité de notre globe, semblent ne pouvoir être bouleversés que par les réactions qu’ils exercent mutuellement l’un sur l’autre. Sur notre planète, le domaine de l’homme est la région des orages, et c’est une fiction poétique qui ne manque pas de vérité que de placer dans l’élévation des cieux ou dans les abîmes de la terre les lieux du repos éternel.

C’est entre ciel et terre, dans la région que nous pouvons pour ainsi dire toucher du doigt, que s’accomplissent tous les phénomènes météorologiques; c’est là aussi que nous devons chercher les causes qui leur donnent naissance et les lois qui les régissent. Le moteur principal dans cette lutte incessante de l’air et de l’eau, c’est le soleil. Le soleil pompe les eaux de la mer pour en faire des nuages et dépense à ce labeur quotidien une force équivalente à celle de plusieurs centaines de millions de chevaux. Le soleil, qui crée les nuages, crée aussi les vents, car il échauffe inégalement les divers côtés du globe, puis il livre les nuages aux vents. Alors intervient la rotation de la terre, qui détourne les vents de leur direction primitive; mais si ces deux causes, le soleil et la rotation de la terre, agissaient seules, les phénomènes météorologiques seraient simples et uniformes. Nous observerions sur toute la surface de la terre cette régularité de mouvemens qui fait que sur les grandes surfaces planes de l’Océan les vents alizés et les moussons souillent régulièrement à chaque saison de l’année. Il n’en est pas ainsi. Les chaînes de montagnes modifient déjà d’une manière grave la direction des vents et la marche des nuages; puis, à la surface des continens et des mers, ces météores rencontrent d’autres causes perturbatrices en nombre presque infini, variables pour chaque localité, variables souvent d’une année à l’autre. Ce sont les immenses champs de glace des deux pôles, qui s’avancent peu à peu vers les eaux chaudes de l’équateur, entraînés qu’ils sont par les courans marins et qui re-