Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/160

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ponts que j’ai nommés, Liogokou-bassi, O-bassi et Yetaï-bassi, et il se rattache à la ville par trente ponts, dont le plus remarquable est le fameux Nippon-bassi, ou Nihhon-bachi, comme prononcent quelques personnes (le pont du Japon), qui a été choisi pour point de départ dans le calcul des distances de Yédo à toutes les parties de l’empire, et qui par là même est considéré comme le centre géographique du Japon. Les palais de daïmios occupent à Soto-siro 7 kilomètres carrés, les maisons bourgeoises 4, et les temples un seul. Parmi les édifices sacrés, il faut mentionner Mondseki, la plus grande tera de Yédo, et Sanno, une des principales mias [1].

La partie de Soto-siro qui renferme les habitations bourgeoises est une des plus importantes de la ville et de tout l’empire; elle est traversée par la grande route [2], qui amène à Yédo les habitans des provinces, et tout le commerce de la capitale s’y trouve concentré : c’est la Cité de Yédo. Cette cité forme un parallélogramme entouré de canaux ; celui de l’ouest la sépare du château, les trois autres du quartier même de Soto-siro: La cité comprend cinq rues longitudinales et vingt-deux rues transversales qui se coupent à angles droits, et forment soixante-dix-huit îlots réguliers, tous séparés les uns des autres par des grilles en bois. Ces grilles, ordinairement ouvertes, sont toujours gardées par des postes de police, et peuvent se fermer aussitôt que l’on veut isoler un îlot d’un autre. Dans la cité et dans ses environs immédiats, il n’y a ni palais ni temple C’est la seule partie de Yédo qui ait d’ailleurs quelque ressemblance avec nos villes d’Europe. Les rues y sont larges, droites, très animées et bordées à droite et à gauche de maisons encombrées de marchandises de toute espèce. L’absence complète de voitures rend cependant la circulation facile dans ce quartier. Tandis que la plupart des habitations japonaises sont bâties avec des matériaux aussi légère qu’inflammables, comme le bois et le papier, on trouve dans la cité de Yédo un grand nombre de magasins dont les solides murailles en pisé offrent au feu une excellente barrière. Si l’on n’avait usé de cette précaution, les richesses des marchands auraient été bientôt consumées, car les incendies sont d’une fréquence exceptionnelle au Japon. Au nord et au sud de la cité s’étendent des quartiers qui en sont pour ainsi dire les dépendances ét qui servent aussi de demeure et de marché aux commerçans et aux artisans.

  1. On se rappelle que tera est le nom donné aux temples bouddhistes, et que les mias sont consacrés au culte primitif du Japon.
  2. La grande route du Japon porte, de Nagasacki à Yédo, le nom de To-kaïdo (chemin de l’ouest) ; en traversant la capital, elle porte le nom de O-tori (grande rue), et au nord de Nihhon-bachi elle est appelée Oskio-kando (chemin du nord).