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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/146

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nous trouvâmes nos bettos, qui nous avaient devancés avec nos chevaux. L’escorte qui devait nous accompagner nous attendait; elle se composait de neuf yakounines (officiers). Les bettos, pour être plus propres à la longue et rapide course qu’ils allaient fournir, s’étaient dépouillés de leurs vêtemens et n’avaient gardé qu’une étroite écharpe ceinte autour des reins. Les yakounines hommes petits, maigres, nerveux, avaient un aspect tout à fait martial : ils portaient de larges chapeaux ronds et plats, excellens pour garantir de la pluie et du soleil; leurs longues robes, relevées sur le devant, laissaient voir de larges pantalons en soie de couleurs brillantes. Ils avaient pour chaussures des sandales de paille; un manteau court (haouéri) leur tombait gracieusement sur les épaules; à leur ceinture, ils portaient suspendus les deux formidables sabres sans lesquels un noble japonais ne se montre jamais hors de chez lui; leurs chevaux, petits et assez laids, étaient harnachés avec goût, même avec une certaine magnificence. Le chef de l’escorte vint à notre rencontre, nous salua avec cette politesse exquise qui caractérise toutes les classes de la société japonaise, et, après s’être assuré que nous étions bien les personnes qu’il avait reçu l’ordre d’accompagner à Yédo, il se déclara prêt à nous suivre. Nous montâmes en selle, nos bettos partirent au pas de course, et quelques minutes plus tard nous traversions Kanagava [1]. Tout le monde était encore couché; les rues, si animées au moment des affaires, étaient désertes. Quelques-uns de ces chiens-loups à moitié sauvages que l’on rencontre en grand nombre par tout le Japon montraient au coin des rues leurs mu- seaux pointus, et s’enfuyaient en hurlant et en aboyant après avoir reconnu que nous étions des étrangers. A l’extrémité de Kanagava. près de l’ancien consulat hollandais, nous arrivâmes devant un poste de police où quelques hommes, accroupis autour d’un chibats (brasero), buvaient du thé et fumaient. Le chef de notre escorte exhiba les passeports que lui avait remis le gouverneur de Yokohama, et, cette formalité remplie, nous continuâmes notre route en nous dirigeant sur Kavasacki, grand village distant de Yokohama d’environ 12 kilomètres. La route, après avoir assez longtemps suivi la plage, s’incline vers la gauche, et traverse une vaste plaine formée d’alluvions, couverte de rizières, et peuplée de hérons, de grues et d’autres oiseaux aquatiques. Des collines d’une hauteur moyenne de quatre cents pieds bordent cette plaine du côté opposé à la mer, et en marquent les anciennes limites.

  1. Kkanagava servait jadis de résidence aux consuls de France, d’Angleterre, d’Amérique et de Hollande. Depuis deux ans environ, tous se sont retirés à Yokohama, à l’exception du consul américain. Avec ce fonctionnaire, un missionnaire et un docteur forment en ce moment toute la population étrangère de Kanagava.