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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/1010

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flambeau de la vie ? Faire des hommes devrait être la première application de ceux qui sont maîtres de la vie politique de la France, et comment faire des hommes sans la liberté ? La véritable compensation à la perte de M. Billault, ce serait, à notre avis, de brusquer la période de transition dont on semblait lui avoir remis la conduite, et d’entamer d’emblée le large développement des libertés constitutionnelles.

Aussi bien c’est à la veille d’une session que celui qui était destiné à être le leader de nos chambres est enlevé tout à coup de la scène politique. Dès le début de la session, à la vérification des pouvoirs, la question de la liberté jaillira d’elle-même, et des voix puissantes la feront pénétrer profondément dans la conscience du pays. La contradiction la plus manifeste du système actuel se posera là dans sa forme la plus saisissante. Nous vivons sur le pacte du suffrage universel et de la souveraineté populaire, et cependant nous affichons dans nos lois et dans nos pratiques administratives la défiance la plus illogique et la plus injuste du suffrage universel. Nous affirmons dans le langage le droit émané du suffrage universel, et nous le contestons par nos actes. Nous refusons au suffrage universel la liberté de la presse et la liberté de réunion, qui sont les conditions de son initiative, de sa spontanéité, de son discernement et de son indépendance, et cela ne nous suffit point : nous avons la prétention de peser sur lui de tout le poids de l’administration. Nous traitons comme un administré cet électeur qui en présence de l’urne doit être un souverain.

Nous attendons pour notre compte avec impatience les débats qui s’engageront à propos de la vérification des pouvoirs sur le système électoral du gouvernement. Les dossiers des élections vont apporter les révélations les plus curieuses sur les pratiques administratives. L’opposition compte un nombre de membres suffisant pour que ces dossiers soient dépouillés avec l’attention convenable. Elle possède des orateurs assez éminens pour mettre en relief et faire éclater aux yeux du pays la contradiction choquante qui existe entre le principe du suffrage universel tel qu’il est posé par la constitution et les entraves que les lois restrictives sur la presse et les droits de réunion et d’association, jointes aux influences administratives, mettent à sa liberté. Nous sommes sans inquiétude sur le résultat d’une pareille discussion : la raison et l’honnêteté publique prises à témoin ne peuvent rendre qu’un verdict favorable à la liberté.

La discussion de l’adresse suivra la vérification des pouvoirs. L’examen des questions intérieures y sera amplement complété. Parmi ces questions, il en est une qui ne peut manquer d’être approfondie, c’est la situation financière. Nous n’anticiperons point sur ce grave débat. Déjà cependant, en dehors de la chambre, les questions financières ont donné lieu à des études approfondies. Les objections de l’opposition à la marche suivie, ses prévoyans et prudens avertissemens, n’ont point manqué, et à ce propos il serait injuste de ne point rappeler les remarquables travaux de M. Casimir Perier. Ces travaux, revus et coordonnés, viennent d’être réunis par