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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/1003

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retrait incalculable ! Vous arrivez tout juste ainsi à reproduire ces bergers et ces bergères en terre cuite, ou ces bustes peinturlurés de rouge et de bleu qu’on aperçoit encore parfois dans les jardins de province. Si, de ces médaillons de Lucca della Robia, de ces vierges entourées de feuilles vertes à fruits jaunes, ou de ces chemins de croix, vous retranchez le mérite du sculpteur, que reste-t-il donc? Absolument rien comme couleur, un ton froid et blafard, un aspect lourd et monotone. A quoi bon alors revêtir d’un habit si pauvre un travail qui aurait gardé toute sa finesse et sa valeur, s’il était exécuté en marbre, en bois, en pierre ou même en terre cuite? Vous appelez cela ressusciter les bonnes traditions, et parce qu’un artiste de talent, qui appartient à cette époque de la renaissance dont on se croit obligé d’admirer toutes les œuvres, a eu le caprice d’appliquer à son art les procédés d’une industrie, vous en concluez, sans trop réfléchir, que ces procédés tout personnels doivent être repris et continués ! J’ai entendu d’habiles joueurs de violon qui imitaient parfois la flûte avec leur archet, mais je n’en suis pas moins persuadé que pour jouer de la flûte il vaut mieux ne pas se servir de violon.

De M. Jean, céramiste d’un autre genre, nous n’avons pas grand chose à dire. Il invente trop souvent des formes, et parfois même, lorsqu’il en prend de pures et de magistrales comme celles dé son grand sebil arabe, il y ajoute sans scrupule des pieds de marmite. Ce sont là ses compositions ! La plupart de ses ornemens, empruntés au style de la renaissance, sont disposés par un habile dessinateur des Gobelins ; puis il revêt cela d’un cobalt si épais et si uni de ton, qu’il apparaît noir. Les rinceaux jaunes et verts, découpés par un trait de manganèse, forment une association de couleurs qui hurlent ensemble. La rectitude, la sécheresse même d’un dessin trop exact lui donnent cet aspect d’impression mécanique qui est le défaut de l’art moderne. Toutefois son grand candélabre et sa fontaine ont des détails charmans, et le sculpteur qui les a modelés mérite des éloges.

M. Deck n’est pas non plus un harmoniste ; il trouve souvent moyen de faire dur avec les tons les plus tendres. La mauvaise qualité de son émail donne un aspect gommeux à tous ses revêtemens, et par son craquelé involontaire révèle un désaccord complet avec la terre qu’il emploie. Il y a néanmoins dans son exposition quelques plats peints hardiment par des artistes comme MM. Hamon, Ranier et Gluck, qui sont d’une très bonne entente décorative au point de vue de la couleur. Il faut le répéter sans cesse à propos de M. Deck et de tant d’autres, l’industrie cherche trop aujourd’hui des moyens nouveaux, et tombe ainsi dans cette divagation qui se