Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/98

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


devant ses sujets, et M. Alcock put écrire au cabinet britannique : « Je suis persuadé que les circonstances qui ont accompagné ma rentrée dans Yédo sont très favorables au maintien de relations pacifiquement amicales avec le Japon, et que ma sécurité personnelle ainsi que celle de mes collègues ne courront plus les mêmes risques que par le passé. » les ministres européens ne connurent que beaucoup plus tard la supercherie dont ils avaient été dupes, et il n’était plus temps alors d’en obtenir réparation.

Cependant la cour de Yédo commençait à comprendre que ses intérêts étaient liés avec ceux des étrangers ; elle les avait admis au Japon, et se trouvait obligée de les y maintenir. le parti réactionnaire, dont elle avait brisé le système politique, était resté son irréconciliable ennemi, et, après avoir hésité quelque temps entre lui et le parti progressiste, le taïkoun reconnut la nécessité de revenir aux idées libérales inaugurées par le gotaïro. Dès lors se forma contre lui, et en même temps contre les étrangers, une vaste conspiration qui avait pour chefs le prince de Satzouma et le jeune prince de Kanga. Leur but, ouvertement avoué, fut de renverser le gouvernement en suscitant la guerre civile ou la guerre étrangère. Ils avaient l’espoir de soulever entre les Occidentaux et les Japonais des querelles si graves, qu’un conflit deviendrait inévitable. Ils regardaient comme facile de chasser les étrangers après avoir détruit le gouvernement qui les protégeait. La cour de Yédo fut donc placée dans la position la plus embarrassante deux années après nous avoir ouvert le Japon. Elle agit dans ces circonstances avec sagesse, et si l’orgueil national l’empêcha d’abord de se mettre sous la protection de ses alliés occidentaux et d’arborer franchement le drapeau du progrès, la violence de ses ennemis la força bientôt de renoncer à tout subterfuge et de se déclarer tout haut contre le parti réactionnaire.

Au nombre des mécontens qui fourmillaient alors au Japon se distinguaient, par leur sauvage fanatisme, les anciens serviteurs du prince de Mito et du gouverneur Hori-Oribeno-Kami. Ils parcoururent l’empire dans tous les sens, excitant les populations à la révolte contre le gouvernement du taïkoun, exagérant ses fautes, lui prêtant des intentions hostiles à l’indépendance des princes japonais, et montrant la nécessité de le renverser. Le moyen le plus prompt pour atteindre ce but était, selon eux, de l’engager dans une guerre contre les étrangers. Ceux-ci devenant tous les jours plus exigeans et plus impérieux, il fallait leur porter des coups sensibles, et ils demanderaient alors une satisfaction telle que le taïkoun serait obligé de la refuser ; ce refus ferait infailliblement éclater la guerre.

Sans doute la cour de Yédo eut connaissance de ce qui se passait, car elle prit des mesures extraordinaires de précaution pour