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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/742

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heureuses déceptions qui réjouissent et encouragent. Nous avons obtenu plus et mieux que nous n’avions osé nous promettre.

Il est dès à présent utile pour tous d’étudier avec bonne foi et sans parti-pris les caractères principaux du mouvement libéral dont nous venons de voir les débuts. Ces caractères sont très simples, très naturels, très faciles à définir. Le mouvement a été en quelque sorte instinctif et spontané ; il s’est produit dans les grandes villes, c’est-à-dire dans la région où se concentrent les lumières, la richesse, l’activité industrielle et commerciale, où les populations sont agglomérées, et, même en l’absence de la liberté de la presse et des droits d’association et de réunion, conservent encore les élémens primitifs de la vie publique que rien ne peut abolir. Les aspirations manifestées par le mouvement électoral ont été remarquables par leur modération : elles se sont réduites d’elles-mêmes, sans concert préalable, avec un curieux Instinct pratique, à ce qu’on pourrait appeler le minimum ou le strict nécessaire des revendications populaires et libérales. Enfin l’esprit public a fait preuve d’une rare intelligence dans le choix des noms qu’il à pris pour représenter ses tendances : il a choisi les noms les plus connus, sans s’inquiéter de leur ancien sens, sans se préoccuper des vieilles récriminations auxquelles ils pouvaient prêter, en dépouillant en quelque sorte ces noms des couleurs que le passé leur avait attachées, pour ne plus leur laisser que la signification toute neuve des tendances qu’il s’agit aujourd’hui de faire prévaloir dans la politique intérieure de la France.

Un des premiers caractères du mouvement à été, avons-nous dit, la spontanéité. Ce caractère recommande particulièrement le mouvement actuel à l’attention impartiale et réfléchie du gouvernement. La spontanéité, c’est en ces matières la sincérité et la franchise, et les gouvernemens habiles, les gouvernemens inspirés de l’esprit moderne doivent tenir grand compte des impressions publiques quand elles leur sont ainsi révélées. Il nous semble qu’il est moins possible encore au gouvernement qu’à nous de commettre une méprise sur la spontanéité et la sincérité du mouvement électoral. La vigilance de son administration n’a pu être mise en défaut sur ce point. L’administration sait mieux que personne que si les vieux partis peuvent encore figurer parmi les ornemens fripés de la déclamation politique, ces vieux partis sont privés, à l’heure qu’il est, de tout moyen d’organisation, de propagande et d’action. Ceux qui étaient considérés autrefois comme les meneurs de ces partis, ce que l’on connaît de leurs pensées et de leurs actes le démontre, ne s’étaient attendus d’abord à rien de ce qui s’est passé depuis. Personne et aucune combinaison de partis n’ont conduit le mouvement : c’est le mouvement au contraire qui à entraîné ceux qu’il charge de le représenter, et qui a rompu les combinaisons de partis, si l’on peut donner ce nom à certains projets négatifs et découragés d’abstention et d’isolement.