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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/650

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commun, l’anoplothère grêle, et plus loin le megatherium, ce gigantesque paresseux en train d’abattre un arbre pour en manger les feuilles. Viennent ensuite les fiers élans irlandais au front branchu, derniers représentans d’une création éteinte, mais qui s’avançait graduellement vers les formes présentes de la vie, et dont on peut ainsi renouer les nombreux anneaux à la grande chaîne des animaux modernes.

Tout cela constitue, je l’avoue, une géologie tant soit peu romanesque et théâtrale ; mais ne devait-elle point être ainsi pour frapper l’imagination des masses ? Ce fut dans tous les cas une idée heureuse que d’opposer dans les jardins l’histoire de la terre à l’histoire du genre humain, représentée par de tout autres monumens dans l’intérieur du palais : l’une est en quelque sorte la préface de l’autre. N’est-ce point aux anciens événemens du globe qu’il faut remonter pour retrouver l’origine du niveau actuel des mers, de la distribution des vallées et des montagnes, de la configuration des côtes et de tous les traits de géographie physique dont l’influence a été si grande sur la civilisation ? Qui ne saisit alors le lien entre le spectacle des anciens mondes et la salle du palais consacrée au département de l’histoire naturelle et à l’ethnologie ? Une méthode différente de celle qu’on suit d’ordinaire dans les musées a présidé ici à l’arrangement et à la classification des diverses formes de la vie. On a voulu grouper les plantes et les animaux dans un ordre géographique, de manière à donner une idée de la distribution des êtres organisés à la surface de la terre, des contrées où ils ont pris naissance et des influences exercées par les climats. Quoique tout dans l’aspect général de cette nature, comparée à celle des anciennes époques, présente un caractère de nouveauté, il est un événement qui la frappe d’un cachet tout particulier, c’est la présence de l’homme. Ce dernier était bien contenu en germe dans les progrès antérieurs du règne animal ; mais comment s’en est-il dégagé ? C’est le grand mystère de la science, et les professeurs du Crystal Palace n’avaient nullement reçu mission de l’expliquer ; ils se sont contentés alors de constater le fait et de le traduire sous une forme pittoresque.

Des bosquets s’étendent à droite et à gauche de la nef, peuplés ça et là par des groupes d’indigènes appartenant à l’ancien ou au Nouveau-Monde. Quoique l’espèce humaine offre partout des traits d’unité, elle se partage toutefois en races qui diffèrent par la couleur, par les caractères physiques, et dont chacune semble attachée à l’une des grandes divisions du globe terrestre. C’est ainsi par exemple que le nègre vit et se développe surtout dans les contrées de l’Afrique centrale où les plantes et les animaux présentent le plus