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pouvons cependant passer sous silence une brillante expérience de M. Foucault, qui eut un grand retentissement il y a quelques années. On sait le talent de mise en scène avec lequel M. Foucault rend populaires les vérités physiques. Il prenait un gros disque de cuivre qu’il plaçait entre les deux pôles d’un électro-aimant ; un système d’engrenages et une manivelle permettaient d’imprimer au disque un mouvement de rotation rapide. Lorsqu’aucun courant ne traversait les bobines de l’électro-aimant, on faisait tourner le disque avec la plus grande facilité, et sans qu’il s’échauffât sensiblement ; mais si l’on venait à faire passer un courant à travers les bobines, les réactions qui s’établissaient entre leur fer aimanté et le disque de cuivre étaient telles qu’on éprouvait pour faire tourner celui-ci une résistance considérable : un homme suffisait à peine à cet effort, et le travail qu’il dépensait ainsi échauffait graduellement le disque jusqu’à une température qui a quelquefois atteint 95 degrés. Ainsi dans cette expérience saisissante le thermomètre enregistrait directement, sous forme de chaleur, l’effort développé sur la manivelle pour entretenir la rotation du disque.


IV.

Mais la théorie mécanique de la chaleur ne nous donne-t-elle d’enseignemens qu’au sujet des corps inorganiques ou inanimés ? Les corps vivans ne sont-ils pas à la fois le siège de phénomènes calorifiques et de phénomènes mécaniques ? Et n’est-on pas en droit de penser qu’ils sont régis, eux aussi, par l’équivalence de ces deux phénomènes ? Si en effet les corps vivans, dans ce qui touche plus particulièrement au principe de l’action vitale, échappent évidemment aux lois ordinaires de la physique et de la mécanique, il est au contraire naturel d’admettre, tant que l’expérience ne dément pas cette opinion, qu’ils y sont soumis en ce qui concerne le jeu de leurs organes. La volonté a sans contredit en elle-même des modes d’action tout particuliers ; mais, dès qu’elle doit agir sur la matière, elle se trouve évidemment liée par les lois matérielles, comme un étranger qui aurait à se conformer aux règlemens du pays où il vit.

Non-seulement les preuves les plus décisives montrent qu’il y a dans les corps vivans aussi bien que dans le monde inorganique conversion de la chaleur en travail et du travail en chaleur, mais il est remarquable que ce soit en réfléchissant au jeu de la vie animale que le docteur Jules-Robert Mayer ait été amené à trouver les bases de la théorie nouvelle. Elle est complètement esquissée dans son mémoire sur le mouvement organique et la nutrition (1845). Les travaux du docteur Mayer sont peu connus en France, mais