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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/57

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et qui anéantit une erreur depuis longtemps accréditée. On admettait généralement, il y a quelques années encore, et cette opinion trouvait place dans l’enseignement classique, que la dilatation d’un corps, celle de l’air par exemple, absorbait de la chaleur. Tout le monde se rappelle que dans les cours de physique on mettait un thermomètre sous le récipient de la machine pneumatique : on observait l’abaissement de température qui suivait les premiers coups de piston donnés pour faire le vide, et on déclarait sans plus ample analyse que la dilatation de l’air absorbait la chaleur qui disparaissait en cette circonstance ; mais ne va-t-il pas falloir, en face de l’expérience de M. Joule, modifier l’énoncé de cette explication ?

M. Joule prit deux récipiens métalliques de capacité égale, réunis par un court tuyau que fermait un robinet. Dans l’un des récipiens, il introduisit de l’air sous la pression de vingt-deux atmosphères, le robinet de communication étant fermé ; dans l’autre, il fit le vide. Le système des deux récipiens était entièrement plongé dans un réservoir plein d’eau où des thermomètres sensibles permettaient d’apprécier les phénomènes calorifiques qui viendraient à se produire. L’expérience ainsi préparée, le robinet qui faisait communiquer les deux récipiens fut ouvert ; l’air comprimé se précipita dans l’espace vide, et dans un instant très court le système des deux vases fut rempli d’air sous la pression de onze atmosphères. Cette dilatation du gaz absorba-t-elle, oui ou non, de la chaleur ? L’ancienne physique eût répondu oui sans hésiter ; elle admettait que dans toute dilatation une certaine quantité de chaleur disparaissait. Cependant l’expérience de M. Joule montra qu’aucune chaleur n’était absorbée ; les thermomètres plongés dans le réservoir d’eau demeurèrent immobiles. Certes il y avait là de quoi confondre les esprits nourris dans les anciens erremens ; mais nous qui sommes maintenant en possession du principe de l’équivalence de la chaleur et du travail, ne sommes-nous pas portés naturellement à comprendre ce résultat, si nous réfléchissons que, pour remplir le récipient où le vide a été fait d’avance, l’air n’a aucun travail à accomplir ? Pas de travail produit, partant pas de chaleur consommée. Nous sommes ainsi amenés à rectifier l’assertion des anciens physiciens et à dire que, quand un gaz se dilate dans les conditions ordinaires, ce n’est point la dilatation même du gaz qui absorbe de la chaleur, mais bien le travail qu’il est ordinairement obligé d’accomplir pour se dilater.

M. Joule fut d’ailleurs conduit à retourner son expérience pour en trouver la confirmation. En supprimant le travail de la dilatation, il avait évité tout refroidissement. Si au contraire il obligeait le gaz à produire un travail pour se dilater, il devait constater une absorption