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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/53

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que ce fût là un phénomène tout à fait accessoire. Les choses changent de face actuellement, et c’est ce phénomène autrefois négligé qui nous rendra compte maintenant de ce qui avait pu paraître mystérieux. Tout le travail consommé dans le frottement, et qui ne se retrouve pas sous une autre forme appréciable, se retrouve sous forme de chaleur. Toute équivoque disparaît, et le bilan du travail moteur s’établit avec exactitude.

Cette conversion directe du travail en chaleur, à laquelle correspondent des phénomènes usuels et faciles à reproduire, avait nécessairement frappé de bonne heure certains esprits. Elle a été l’objet d’expériences fréquentes, saisissantes, et, avant de se résoudre en une loi précise, elle a vaguement préoccupé divers savans qui sont restés aux abords de la vérité. Rumford fut un de ces précurseurs. C’était un Anglais d’Amérique, un esprit éclairé et indépendant, un peu inquiet et porté à dédaigner les vieilles théories. Tour à tour colonel anglais dans les luttes contre les Américains, ministre de la guerre chez l’électeur de Bavière, puis philanthrope à Paris, où il avait épousé la veuve de Lavoisier, il fut savant à ses heures et à sa manière. Ses travaux, malheureusement un peu trop sommaires, n’ont pas toujours eu l’influence qu’ils auraient mérité d’avoir. Ses mémoires sur la chaleur, publiés en 1804, contenaient les faits les plus intéressans.

On admettait alors, sur la foi de Lavoisier et de Laplace, que le calorique était une matière renfermée dans les interstices des corps, et qui en sortait ou y rentrait sous l’influence de certaines causes. Rumford, mécontent de cette hypothèse, entreprit de la soumettre à une expérience décisive. « Si le calorique, disait-il, est une matière logée dans les corps de façon à en remplir les intervalles poreux, comme l’eau remplit les pores d’une éponge, il est clair qu’un même corps n’en contient qu’une quantité déterminée et ne pourra en émettre indéfiniment. C’est ainsi qu’une éponge gonflée d’eau, suspendue par un fil au milieu d’une chambre remplie d’air sec, donne de l’humidité à cet air ; mais l’éponge est bientôt épuisée d’eau et mise en état de ne plus pouvoir en fournir. Au contraire une cloche, étant frappée aussi longtemps qu’on voudra, donne toujours du son sans aucun signe d’épuisement. L’eau est une substance, et il n’en est pas de même du son. » Pour examiner à ce point de vue les phénomènes calorifiques, Rumford faisait tourner une barre de bronze sur une autre barre semblable dans un vase rempli d’eau ; la barre tournante était chargée d’un poids de 5,000 kilogrammes et faisait 32 révolutions par minute. Rumford observait réchauffement de l’eau, qui était considérable et capable de mettre de grandes masses de liquide en ébullition ; mais le dégagement de chaleur produit