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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/52

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donc comme un véhicule de force vive. Elle absorbe de la force vive mesurable en calories, elle rend de la force vive mesurable en kilogrammètres. Et puisque, dans l’état de fonctionnement uniforme où nous l’examinons, elle ne garde rien pour elle, puisqu’elle dépense tout ce qu’elle reçoit, il y a entre les quantités de force vive mesurées à l’entrée et à la sortie un rapport d’équivalence, nous pouvons dire d’égalité. Pour chaque calorie qui entre, il y a 425 kilogrammètres qui sortent.


III

Mais abandonnons le champ de l’hypothèse pour revenir sur le terrain des faits, et c’est maintenant que nous allons voir nos premières données se confirmer par une série de vérifications. À la lumière de cette notion nouvelle, il y a toute une révision de la science à faire. Partout où il y a simultanément phénomène calorifique et phénomène mécanique, c’est-à-dire dans presque tous les cas que la pratique et la théorie peuvent nous présenter, la nouvelle loi introduit entre les deux phénomènes une relation nécessaire, jusqu’ici inconnue, et qui, maintenant démontrée, fera découvrir des vérités intéressantes, reconnaître des erreurs ou combler des lacunes. Toutes les lois physiques et chimiques ont désormais besoin d’être considérées sous un nouvel aspect ; l’astronomie, la physiologie vont s’éclairer de lueurs inattendues. Il ne s’agit pas ici, comme on le pense bien, de faire cette révision générale de la science ; il ne s’agit même pas d’indiquer comment elle peut être faite : nous nous contenterons de citer quelques exemples, empruntés pour la plupart aux leçons de M. Verdet.

Que va devenir, pour commencer par là, l’ancienne notion du frottement ? Depuis longtemps, lorsque deux corps se mouvaient au contact l’un de l’autre avec des vitesses différentes, une certaine partie du travail développé par le corps frottant disparaissait sans que l’on s’en rendît un compte bien net. La science officielle était fort réservée à cet endroit. Elle posait dans ses calculs un coefficient relatif au frottement et elle se hâtait de passer outre. Elle se gardait d’appuyer sur ce phénomène, qui ne laissait pas de se présenter sous des dehors assez singuliers. Quant à l’opinion commune, elle regardait assez volontiers le frottement comme une force mystérieuse qui absorbait par elle-même une certaine quantité de travail entre les deux surfaces frottantes. On se laissait aller à admettre une sorte d’annulation de travail sans mesurer la portée dangereuse d’une pareille doctrine. Ce n’est pas qu’on ne sût déjà que tout frottement est accompagné d’un développement de chaleur ; mais il semblait