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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/50

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C’est donc en étudiant la chaleur dans son passage d’un corps à-un autre à travers l’air ambiant qu’on en a saisi la nature intime ; mais si dans cette propagation on a constaté d’une manière certaine qu’elle est un mouvement vibratoire, n’est-il pas naturel d’admettre qu’il en est également ainsi dans l’intérieur même des corps ?

Ce que nous appelons chaleur devient donc pour nous un mouvement de molécules. Dirons-nous, que ce sont les dernières molécules du corps même qui vibrent ? Dirons-nous que ce sont les molécules d’une substance éthérée qui en remplit les pores ? Peu nous importe. Il nous suffit de constater l’existence d’un mouvement moléculaire. Mais d’une autre part qu’est-ce que le travail, sinon le mouvement d’une masse ? Ainsi l’idée de chaleur comme celle de travail se résolvent maintenant pour nous dans l’idée commune de mouvement, et rien ne doit plus nous étonner si ces deux phénomènes sont liés par une équivalence que régissent les lois ordinaires de la mécanique.

Rien ne se perd, rien ne se crée dans la nature. Ex nihilo nihil, in nihilum nil posse reverti. Cela est vrai non-seulement des molécules matérielles, mais aussi de la force ou cause de mouvement qui est la propriété essentielle de chaque molécule. Si donc une molécule ou une masse possède à un moment donne une certaine capacité de mouvement, elle n’en perdra une portion, qu’en la cédant à une autre molécule ou à une autre masse. Il y a longtemps que Descartes a dit : « Je tiens qu’il y a une certaine quantité de mouvement dans toute matière créée qui n’augmente et ne diminue jamais, et ainsi, lorsqu’un corps en fait mouvoir un autre, il perd autant de mouvement qu’il en donne, comme lorsqu’une pierre tombe de haut contre la terre, si elle ne retourne pas et qu’elle s’arrête, je conçois que cela vient de ce qu’elle ébranle cette terre et ainsi lui transfère tout son mouvement. » Descartes exprimait ainsi une vérité fondamentale de la mécanique ; mais il ne comparait entre eux que deux mouvemens du même ordre. Observons cependant que dans l’exemple qu’il donne il y a nécessairement de la chaleur produite par le choc, et que sa proposition n’est vraie qu’à la condition d’assimiler complètement cette production de chaleur à une communication de mouvement. Nous sommes ainsi amenés à comparer entre eux et à regarder comme s’engendrant directement les uns des autres ces mouvemens visibles qui constituent le travail dans son acception ordinaire, et ces mouvemens moléculaires que nos yeux ne peuvent apercevoir et qui constituent la chaleur. Quand un travail engendre de la chaleur, c’est donc qu’une quantité de mouvement passe de la masse d’un corps aux molécules de ce corps bu d’un corps différent. Si c’est au contraire la chaleur qui a engendré un travail, on peut dire qu’une quantité de mouvement est