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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/48

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pouvons, suivant les cas, convertir de la chaleur en travail ou du travail en chaleur. Imaginons un instant qu’il n’y ait pas dans cette transformation réciproque un rapport fixe ; supposons qu’il y ait des machines, des organes, des systèmes, par lesquels on puisse obtenir des rendemens variables (et nous ne parlons pas, bien entendu, du rendement utile, qui peut varier, mais du rendement intrinsèque, calculé en tenant compte de toutes les transformations utiles ou non) : il est clair qu’en accouplant ces machines, ces organes, ces systèmes dans l’ordre le plus avantageux, et les abandonnant à leur action seule, nous pourrions, au moyen d’une quantité de chaleur ou de travail donnée, obtenir des quantités de chaleur ou de travail croissant d’une façon illimitée, résultat tout à fait inadmissible. C’est là ce qu’on appelle une démonstration par l’absurde.

En donnant le nombre 425 pour l’équivalent mécanique de la chaleur, il n’est peut-être pas inutile d’aller au-devant d’une objection : on est quelquefois surpris au premier instant de la grandeur de ce nombre. — Eh quoi ! se dit-on, tant de kilogrammètres pour une seule calorie ! — Mais l’étonnement se dissipe vite ; il tient à une appréciation inexacte des unités qui sont en présence, et disparaît dès qu’on se rend un compte suffisant de leurs valeurs respectives. La calorie est une unité moins modeste qu’il ne semble d’abord, et l’on en reprend une idée plus avantageuse quand on réfléchit au temps que met une masse d’eau pour s’échauffer sur un foyer ordinaire. Le kilogrammètre au contraire n’a point l’importance que semble lui attribuer la pompe de son nom ; 425 kilogrammètres ne représentent en somme que le travail d’un cheval-vapeur pendant six secondes environ. Par conséquent le travail d’un cheval-vapeur pendant une heure correspond à 600 calories. Ce résultat, ainsi présenté, n’aura sans doute plus rien qui puisse étonner les personnes mêmes qui auraient été portées à le trouver singulier sous la forme où il se produisait précédemment.


II.

Dès que l’esprit a conçu la notion de l’équivalence de la chaleur et du travail, il demande à en pénétrer le principe, à en saisir non plus la manifestation, mais la signification intime. Maître des faits, il veut en posséder la raison. Quand il a vu la transformation de la chaleur en travail, il veut savoir pourquoi et comment cette transformation s’accomplit, quel est le procédé que la nature y emploie. Il se trouve en face de ce phénomène comme en présence d’un tour d’escamoteur. Voici bien les calories avant l’opération ! Voici maintenant