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Ce que le pays leur demande, c’est la formation d’un grand parti libéral sur le terrain constitutionnel ; c’est le contrôle sérieux et efficace exercé par le corps législatif sur nos finances ; c’est le développement de nos libertés. Aucun nom ne répond mieux que le vôtre à ce programme, et nous vous sommes reconnaissans d’avoir consenti à interrompre, pour rendre un tel service au pays, les travaux qui font, depuis douze ans, l’honneur de votre retraite. » Que pourrions-nous ajouter à ces simples et dignes paroles ? Il serait difficile de mieux définir le sens de la candidature de M. Thiers. C’est déjà un fait moral d’une grande importance qu’un tel mandat en de tels termes ait été offert à l’un des plus illustres de nos hommes d’état contemporains. La participation de M. Thiers aux élections suffit seule pour donner au mouvement électoral de 1863 son caractère. Nous sommes convaincus que cette candidature, ainsi définie par les électeurs parisiens, créera une solidarité féconde entre les tentatives que l’opposition va faire dans les divers collèges électoraux. Partout la fermeté des espérances et l’énergie des efforts en seront accrues. Certes nous ne nous promettons point le grand succès matériel, celui du nombre, mais nous aspirons au succès moral, à celui dont décide la qualité de quelques hommes. Paris s’honore en choisissant un de nos premiers citoyens comme le symbole d’une manifestation morale qui doit ramener la France dans la voie du progrès libéral ; l’honneur de Paris exige que ce nom illustre sorte triomphant de l’urne électorale. Quant à M. Thiers, nous ne l’ignorons point, en rentrant dans la vie publique, il accepte d’avance bien des fatigues et bien des travaux rebutans. Les vicissitudes de notre temps le font revenir aux premiers efforts de sa brillante jeunesse. Après une carrière si remplie, après d’actifs services rendus au pays, après avoir acquis une gloire sans exemple d’historien populaire qui rejaillit sur notre littérature et sur la France, il vient, dans sa vigoureuse maturité, recommencer résolument les pénibles et laborieuses campagnes de la liberté qui ont illustré les débuts de sa vie ; mais nous sommes sûrs que M. Thiers ne se plaindra point des difficultés de sa tâche. Si les électeurs l’envoient à la chambre, il retrouvera dans la vie politique la sève et la verdeur d’une seconde jeunesse. D’ailleurs il est de ceux qui savent que la seule récompense digne d’envie que les peuples puissent donner aux grands citoyens, c’est jusqu’à la fin de leur imposer de nouvelles tâches et de leur demander de nouveaux services.

Quelles que soient les difficultés que le libéralisme ait à surmonter en France, elles paraîtront peu de chose, si on les compare à celles qui n’ont pas réussi à user l’énergie de certains peuples dont notre temps a vu les efforts infatigables. Parmi ces résistances indomptables qu’anime une passion nationale, l’histoire donnera une place exceptionnelle à celle que la Pologne oppose sous nos yeux à la Russie. Il est difficile de se rendre compte de la situation et des péripéties de la guerre étrange qui se poursuit