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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/390

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exacte, qui eurent une signification identique depuis Bosra, où l’Arabe pacifié balbutiait le latin, jusqu’aux cabanes des Calédoniens et des Pictes. L’orgueil qu’inspirait le premier de ces noms éclate dans mille circonstances de l’histoire de l’empire. On voit, au plus fort des dissensions intestines où cette société fut quelquefois en proie, de grandes provinces, en état de scission et de guerre avec l’Italie, se réclamer toujours du nom romain et frapper sur leurs monnaies le type de Rome éternelle, comme une sorte de protestation que, séparées par accident de la capitale de l’empire, elles ne renoncent point pour cela à la qualité de pays civilisé, et qu’elles prétendent bien n’être point confondues avec les contrées barbares. On forge même au me siècle les mots de romanité et de Romanie pour exprimer tout cela, par opposition au mot de barbarie. Ce fut le christianisme qui, en élargissant au dehors les cadres de l’association et y faisant une place pour la barbarie, modifia ces distinctions enracinées durant trois siècles. La chrétienté pénétra où la romanité s’arrêtait, et fut la dernière forme sous laquelle Rome poursuivit ses conquêtes. »

Ces révoltés qui se disaient Romains tout en se séparant de l’empire, c’étaient précisément nos pères, c’étaient les chefs de cet empire des Gaules dont la destinée fut courte, mais glorieuse ; c’était Postumus, OElianus, Victorinus, et cette vénérable femme, Victoria, surnommée la mère des camps, qui, par le respect religieux attaché à sa personne, semblait rappeler les prêtresses du monde celtique. Ces Gaulois, malgré telle ou telle réminiscence indigène, étaient donc vraiment Romains, dans le sens que M. Thierry vient de restituer à ce mot. Ils s’étaient séparés de l’empire lorsque l’empereur Valérien avait été vaincu par les Perses, ils rentrèrent dans la communauté quand Aurélien eut rétabli les choses en Orient et que la réaction occidentale put se développer librement ; Ainsi les révoltes mêmes des Gaulois confirment le système de M. Thierry et prouvent que l’empire n’était en réalité qu’une vaste communauté de nations où l’Orient et l’Occident, comme au temps d’Octave et d’Antoine, se disputaient encore l’influence souveraine.

Les peuples avaient-ils gagné à ce régime ? M. Thierry, qui soutient cette thèse, est suspect de latinisme,. Interrogeons deux historiens de nos jours qui ont étudié aussi de fort près la Gaule du temps de l’empire, M. Michelet et M. Guizot. Je relis l’Histoire romaine de M. Michelet, je relis le premier volume de son Histoire de France, et, chose singulière, j’y retrouve çà et là, en de subits éclairs, la pensée même que M. Thierry a si vigoureusement déduite ; M. Thierry nous montre les peuples vaincus par l’aristocratie romaine entrant tour à tour dans l’orgueilleuse cité. Aux yeux de M. Michelet, il n’y