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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/382

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véritablement à la philosophie de l’histoire romaine. Elles y appartiennent du moins à titre de curiosité. Après qu’on a entendu les théoriciens de l’histoire célébrer si longtemps le rôle des races germaniques en face des races latines, n’est-ce pas une chose intéressante de voir le rôle de Rome et de la romanité relevé par la science en face du germanisme ? Sans doute, si l’école latine n’avait d’autre représentant que M. de Lasaulx, sa cause serait bien compromise par ce mélange de savoir et d’illuminisme. Heureusement pour elle, un autre défenseur se présente, un défenseur armé d’une érudition aussi forte, et qui emploiera des argumens mieux appropriés à notre siècle. Nous venons de rencontrer l’esprit allemand du midi avec son inquiétude souvent pénétrante ; c’est l’esprit français avec les qualités qui lui sont propres que nous allons maintenant voir à l’œuvre.


II

Le Tableau de l’Empire romain que vient de publier M. Amédée Thierry nous offre le même point de départ que la Philosophie de l’histoire romaine de M. de Lasaulx. Le fondateur de Rome, selon M. de Lasaulx, a fait une œuvre analogue à celle du Christ lui-même en appelant librement à lui les hommes sans asile. M. Thierry, invoquant les belles paroles de Denys d’Halicarnasse et surtout l’admirable discours de Claude dans les Annales de Tacite, proclame aussi ce premier caractère de la cité romaine, ce caractère si nouveau, si contraire à toute l’antiquité, l’appel aux enfans de toutes les races. Seulement ce qui est mystique dans M. de Lasaulx est une réalité chez M. Thierry. M. de Lasaulx nous montre Romulus attirant les pécheurs et les gentils dans la ville éternelle ; M. Thierry interroge la constitution primitive de Rome, et il y lit d’avance ses destinées séculaires : « des hommes de toute race, de toute tribu, de tout rang, se donnent la main dans un asile ; l’association d’individus devient une association de tribus, puis de nations et de races entières. »

Voilà le programme philosophique de l’histoire des Romains. Le vrai sujet de M. Amédée Thierry, celui qu’il a éclairé d’une lumière inattendue, commence à l’époque où Rome, victorieuse du monde, disparaît dans sa conquête. Cette association prodigieuse de nations et de races entières s’appelle l’empire romain ; quel esprit y a présidé ? quels intérêts l’ont produite et soutenue ? quels en sont les développemens, les phases, les révolutions ? Tel est le problème auquel l’éminent historien applique la pénétration de son savoir ; il ne néglige pas les périodes antérieures, car tout se tient