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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/378

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que la nature était en travail d’un roi pour les Romains, le sénat, effrayé, défendit d’élever les enfans qui naîtraient dans l’année : précaution inutile, car les sénateurs dont les femmes se trouvaient enceintes à ce moment-là, espérant, chacun à part soi, que cette promesse divine intéressait leur maison, firent en sorte que le décret ne fût pas déposé aux archives. Suétone, qui rapporte ces traditions, y ajoute une anecdote singulière : au moment où naquit Auguste, on délibérait au sénat sur la conjuration de Catilina, et Octavius, père de l’enfant, arriva un peu tard à cause des couches de sa femme. Or c’est un fait bien connu, dit le chroniqueur, que Nigidius, en apprenant la cause de ce retard et l’heure de l’accouchement, s’écria qu’il était né un maître à l’univers, dominum terrarum orbi natum. Tous ces détails, assez insignifians dans Suétone, font vraiment une certaine figure quand on les rassemble avec art. Comment s’étonner que M. de Lasaulx, déjà trompé d’avance, y retrouve trait pour trait l’histoire de la naissance du Sauveur ? Ce Nigidius s’écriant que le roi du monde vient de naître deviendra pour lui un personnage comme le vieillard Siméon, celui dont la figure est si touchante dans le récit de saint Luc, celui qui reçoit Marie le jour de la présentation au temple, et qui, prenant dans ses bras le divin enfant, prononce ces belles paroles : « Maintenant, Seigneur, je puis mourir en paix, puisque mes yeux ont vu le Sauveur du monde ! » Entre Nigidius et Siméon, entre l’exclamation banale du sénateur et le discours si tendre du saint vieillard, le catholique illuminé ne voit que la différence de la figure à la réalité, de l’ombre à la lumière. Après cela, priez le ciel qu’il ne lise pas les élégies de Properce, ou s’il les lit, qu’il n’y remarque point les mots de mundi servator appliqués à Auguste, sinon il ajoutera cette nouvelle figure à toutes celles qu’il a déjà découvertes, et, sans s’inquiéter des notes fausses, il donnera un rôle au voluptueux chanteur dans cette folle partition. Properce, comme Nigidius, sera cité en témoignage pour prouver que l’empereur Auguste est bien réellement le symbole de Jésus-Christ.

Dans le système des figures et des analogies mystiques, les contrastes, à ce qu’il paraît, sont aussi importans que les ressemblances. M. de Lasaulx a fait valoir les ressemblances que présentent la naissance d’Auguste et la naissance du Sauveur ; maintenant il indiquera chez eux les contrastes de l’heure suprême. Le vieil empereur, chargé d’années et de souvenirs, s’éteint à Nola, en Campanie, à l’âge de soixante-seize ans, et, s’adressant à ses amis rassemblés auprès de son lit de mort : « Eh bien ! leur dit-il, trouvez-vous que j’aie assez bien, joué la farce de la vie (mimum vitœ) ? » Puis il cite en grec la formule qui terminait les pièces de